A l’approche de l’ouverture de son procès en appel, mardi 13 janvier, Marine Le Pen a visiblement modifié son attitude médiatique. Son silence relatif dans l’affaire des assistants parlementaires du Front national (FN) contraste avec la vivacité de ses réactions au lendemain de sa condamnation.
Un silence qui interroge
Cet épisode de réserve a surpris une partie de l’opinion, tant il tranche avec la longueur d’onde habituelle de la dirigeante. Faut-il y voir une forme de résignation après le rejet de ses recours devant les juridictions administratives et européenne, ou l’effet des refus de renvoi de ses questions prioritaires de constitutionnalité (QPC) au Conseil constitutionnel ? Le dossier public ne permet pas d’affirmer l’une ou l’autre hypothèse de façon catégorique.
Selon les propos recueillis auprès d’un de ses colistiers par Franceinfo, Marine Le Pen aurait choisi de se battre autrement, en adoptant une posture plus mesurée et en prenant le temps d’« décortiquer » le jugement. Cette stratégie, si elle se confirme, traduit un changement tactique plus qu’un abandon de la défense.
Le contenu du jugement : une peine motivée par la stratégie de défense
Le jugement rendu le 31 mars 2025 a condamné Marine Le Pen et prononcé une inéligibilité de cinq ans, appliquée immédiatement. Le texte de la décision évoque, au‑delà de l’appréciation des faits reprochés, la manière dont l’intéressée s’est défendue au fil des années.
Le tribunal retient notamment le rôle — qualifié explicitement dans la décision — d’un « système de défense » déployé par la prévenue depuis une décennie. Selon le raisonnement judiciaire, la répétition de cette méthode a fourni aux juges des éléments suffisants pour craindre la persistance d’un comportement susceptible de se renouveler.
Autrement dit, l’inefficacité alléguée ou la constance de certaines pratiques défensives a été intégrée au motif de la peine et à la décision d’appliquer l’inéligibilité sans délai.
Recours épuisés et rejet des voies de droit
Juridiquement, la cheffe de file des députés du Rassemblement national (RN, nouveau nom du FN depuis 2018) a tenté plusieurs voies de contestation. Le dossier public indique que ses recours devant les juridictions administratives et devant des instances européennes ont été rejetés.
Par ailleurs, le refus de transmettre certaines questions prioritaires de constitutionnalité (QPC) au Conseil constitutionnel a limité les possibilités d’obtenir un nouvel examen sur des points précis de droit. Ces décisions de rejet figurent parmi les éléments ayant encadré la progression du dossier vers l’appel.
Prévenir un risque de récidive : motif politique et juridique
Le jugement met en avant une double préoccupation : la sanction des faits eux‑mêmes et la prévention d’un risque de récidive. Les juges ont estimé que, dans l’hypothèse d’une candidature à la présidence de la République, il existerait un risque que des pratiques similaires se reproduisent dans la gestion des deniers publics. Cette appréciation a pesé lourd dans la décision d’appliquer l’inéligibilité immédiatement.
Ce choix judiciaire illustre la manière dont les magistrats peuvent intégrer l’évaluation du comportement passé et des stratégies de défense dans la détermination des peines et des mesures d’inéligibilité. Il souligne aussi la porosité, parfois, entre considérations factuelles et projection sur le risque futur.
Vers le procès en appel
Avec l’ouverture du procès en appel annoncée mardi 13 janvier, l’enjeu pour l’intéressée est désormais de contester tant l’appréciation des faits que l’interprétation portée sur sa stratégie de défense. Le recours en appel vise à réexaminer la qualification juridique des éléments retenus par le tribunal et la proportionnalité de la peine.
Sur le plan politique, la décision de réduire la confrontation médiatique et de privilégier une analyse approfondie du jugement s’inscrit comme une option tactique assumée par son entourage, selon Franceinfo. Ce positionnement devrait être à l’épreuve des débats judiciaires à venir et de leur retentissement public.
En l’état, les éléments publics disponibles cadrent l’affaire : condamnation du 31 mars 2025, inéligibilité de cinq ans appliquée immédiatement, rejets successifs des voies de recours administratives et européennes, et mise en cause d’un « système de défense » dans le raisonnement du tribunal.





