Un nouveau répit pour le gouvernement, déjà fragilisé par une impasse budgétaire, est intervenu mercredi 14 janvier : les motions de censure déposées respectivement par La France insoumise (LFI) et par le Rassemblement national (RN) ont été rejetées par l’Assemblée nationale.
Les votes à l’Assemblée nationale
La première motion, présentée par La France insoumise, a recueilli 256 voix. La présidente de l’Assemblée nationale, Yaël Braun‑Pivet, a rappelé que la majorité absolue requise pour renverser le gouvernement était de 288 voix, ce qui a rendu la motion caduque.
La motion déposée par le Rassemblement national a, quant à elle, obtenu 142 voix. Les deux textes étaient distincts l’un de l’autre, mais visaient à dénoncer notamment l’accord de libre‑échange que la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, devait signer avec les pays du Mercosur, annoncé pour le 17 janvier.
Une trêve politique… et ses limites
Si le rejet des motions offre un soulagement immédiat au gouvernement, la session met en lumière un exécutif surveillé et une Assemblée de plus en plus divisée. Les motions de censure restent des instruments parlementaires lourds de sens : instaurées par la Constitution de 1958, elles permettent à l’Assemblée nationale d’exercer un contrôle direct sur le pouvoir exécutif. Leur adoption exige la réunion des voix de la majorité des membres de l’Assemblée, soit la moitié plus un, et seuls les votes « pour » sont comptés — les abstentions n’étant pas retenues.
Dans ce contexte, l’opération du gouvernement visant à apaiser la colère agricole — évoquée par le Premier ministre la veille — n’a pas suffi à rassembler une majorité prête à sanctionner l’exécutif. Le rejet des motions intervient donc comme un témoignage d’un gouvernement scruté, et d’une Assemblée où les divisions politiques restent marquées.
Chronologie et motivations des motions
Le RN avait annoncé le dépôt de sa motion le 8 janvier, porté par son président Jordan Bardella. Le groupe a combiné critique des choix internationaux et accusation d’abandon des intérêts nationaux pour expliquer son initiative. La France insoumise, pour sa part, a déposé sa motion le 9 janvier au matin. LFI a motivé son texte en reprochant au chef de l’État, Emmanuel Macron, d’avoir « laissé ouverte la porte de la capitulation de notre pays face à la Commission européenne » en lien avec l’accord commercial en discussion.
Les argumentaires vont au‑delà du seul volet commercial : LFI pointe aussi la réponse française à la situation au Venezuela, estimant que « la France [a été] humiliée dans le monde » et qualifiant le président de la République d’« incapable de condamner l’agression des États‑Unis contre le Venezuela », formulation reprise par le groupe pour dénoncer la politique extérieure du gouvernement.
Controverse européenne et initiatives connexes
La signature annoncée de l’accord entre la Commission européenne et les pays du Mercosur a cristallisé les critiques. Selon les auteurs des motions, l’accord favoriserait un « déni écologique », provoquerait une « casse industrielle et sociale » et instaurerait une concurrence prétendument déloyale. Ces accusations rejoignent des préoccupations plus larges exprimées par plusieurs formations politiques depuis le début des négociations.
Par ailleurs, un groupe d’extrême droite nommé Les Patriotes pour l’Europe a annoncé le 12 janvier son intention de présenter une motion de censure contre la Commission d’Ursula von der Leyen au Parlement européen. Le groupe a indiqué vouloir préparer le texte pour qu’il soit soumis au vote lors de la prochaine session plénière à Strasbourg, prévue du 19 au 22 janvier, selon ses déclarations transmises à Euronews.
Les promoteurs de ces motions au niveau national et européen visent donc à faire converger des critiques variées — commerciales, environnementales, industrielles et diplomatiques — contre l’accord et contre la gestion du dossier par les institutions. Mais les probabilités d’aboutissement diffèrent fortement selon les assemblées et les majorités requises.
En l’état, le rejet des motions à l’Assemblée nationale laisse le gouvernement en place, sans pour autant éteindre les tensions politiques et sociales attachées au dossier du Mercosur et aux autres motifs de contestation.





