L’audience tardive et la présence en visioconférence
Il est presque minuit à Nouméa quand Christian Tein, président du Front de libération nationale kanak et socialiste (FLNKS), se connecte par visioconférence devant le tribunal judiciaire de Paris, jeudi 15 janvier, en qualité de plaignant dans une procédure pour diffamation.
L’audience se tient devant la 17e chambre du tribunal judiciaire de Paris, connue comme la chambre de la presse et parfois qualifiée de « tribunal des libertés ». Christian Tein y intervient pour demander réparation à la suite de propos tenus par Sonia Backès, cheffe de file des loyalistes et présidente de la province Sud de Nouvelle-Calédonie.
Absence de Sonia Backès et convocation à l’Élysée
Invitée, comme le militant kanak, à une réunion sur l’avenir de la Nouvelle-Calédonie à l’Élysée, prévue vendredi 16 janvier, Sonia Backès ne se présente pas à l’audience. Le procès oppose donc, dans ce contexte politique serré, deux responsables dont les positions sont très médiatisées et symboliques des clivages dans l’archipel.
Les propos retenus contre Sonia Backès
Les faits reprochés remontent à une intervention radio diffusée le 3 septembre 2024 sur RTL, quelques mois après ce que l’article qualifie d’« insurrection violente » de mai 2024. Lors de cette émission, Sonia Backès affirmait notamment que le FLNKS avait élu « le chef des terroristes comme président ».
Elle ajoutait, à propos d’une localité proche de Nouméa connue pour ses épisodes de violences, Saint‑Louis, que « 35 terroristes formés [étaient] là pour tuer du gendarme ». Ces formulations sont au cœur de l’accusation de diffamation portée par Christian Tein et le FLNKS devant la 17e chambre.
La ligne de défense et la qualification politique
Pour la défense de Sonia Backès, représentée par l’avocat Rémi Lorrain, les déclarations relèvent du débat politique et de la liberté d’expression. Selon Me Lorrain, les indépendantistes « ont tenté de confisquer le débat démocratique par la violence » lors de leur opposition, en 2024, au projet de loi du gouvernement visant à élargir le corps électoral en Nouvelle‑Calédonie.
Dans ce cadre, Me Lorrain soutient que « les responsables politiques doivent nommer les choses », position qui résume la stratégie de la défense : présenter les propos de Sonia Backès comme des dénonciations politiques et non comme des imputations factuelles relevant de la diffamation.
Un dossier inséré dans un contexte tendu
Cette procédure judiciaire intervient dans un contexte politique et social marqué par des tensions persistantes entre indépendantistes et loyalistes en Nouvelle‑Calédonie. L’évocation d’une insurrection en mai 2024 et le débat sur l’élargissement du corps électoral constituent le cadre factuel cité par les parties pour expliquer la virulence des prises de parole.
Le choix de la 17e chambre, compétente en matière de presse et de liberté d’expression, souligne la nature médiatique et politique de l’affaire. Le tribunal devra apprécier si les déclarations relevées dépassent les bornes admissibles de la liberté d’expression et tombent sous le régime de la diffamation, ou si elles s’inscrivent dans le droit au débat politique.
Suite de la procédure et enjeux
Le procès donnera lieu à des débats sur la qualification juridique des propos et sur la démonstration de leur caractère diffamatoire. Les éléments de calendrier mentionnés lors de l’audience — la visioconférence de Christian Tein le jeudi 15 janvier et la réunion à l’Élysée du vendredi 16 janvier — cadrent temporellement l’événement sans préciser d’autres étapes procédurales immédiates.
Au-delà du litige entre personnalités, l’affaire pose des questions sur la capacité des responsables politiques à mêler langage polémique et responsabilité publique dans un territoire où les tensions politiques sont réelles. La décision du tribunal sur ce dossier permettra d’éclairer la frontière entre liberté d’expression et protection de l’honneur dans un contexte de conflits politiques profonds.
Les protagonistes cités dans l’audience sont Christian Tein, président du FLNKS, Sonia Backès, cheffe de file des loyalistes et présidente de la province Sud de Nouvelle‑Calédonie, et Me Rémi Lorrain pour la défense. Les citations et dates évoquées dans l’audience — 3 septembre 2024 pour l’intervention sur RTL et les événements de mai 2024 — figurent parmi les éléments factuels sur lesquels s’appuie le dossier présenté devant la 17e chambre.





