« Maintenant, je suis installé dans le paysage politique, j’ai fait deux mandats et je suis à la tête de l’opposition, mais à l’époque où j’étais simple candidat, quelqu’un a dit dans une réunion : “Un aveugle, pourquoi pas une chèvre ?” » Ces mots, prononcés par Matthieu Annereau, résument la double réalité qu’il décrit : une progression politique réelle et des obstacles persistants liés au handicap.
Un parcours marqué par des obstacles concrets
Élu malvoyant de 47 ans, membre du groupe Renaissance, Matthieu Annereau évoque des freins matériels et organisationnels. Il se remémore notamment la première réunion du conseil métropolitain de Nantes, en 2014, où il n’a pas pu lire la feuille détaillant les personnes à élire. « Pourtant, il suffit de m’envoyer les informations sous format numérique. »
Malgré ces entraves, il n’a pas renoncé. Pour les municipales des 15 et 22 mars, il est de nouveau tête de liste de la droite et du centre à Saint‑Herblain (Loire‑Atlantique). Il cumule par ailleurs la présidence de l’Association nationale pour la prise en compte du handicap dans les politiques publiques et privées.
Son témoignage met en lumière une tension fréquente : la reconnaissance formelle du rôle d’élu ne suffit pas à rendre l’exercice du mandat compatible avec des besoins d’accessibilité. Les demandes simples — documents numériques, formats accessibles, anticipation des supports — sont souvent négligées, selon lui.
Un déficit de représentation chiffré
La représentation des personnes en situation de handicap dans les assemblées élues reste marginale. Ce critère n’est pas l’objet d’un chiffrage officiel, souligne le projet de recherche participative HandiPPolitique, coordonné depuis 2023 par l’association Handéo, qui fédère plusieurs organismes du secteur du handicap.
À partir d’un recensement effectué dans la presse locale sur la période 2020–2025, le coordinateur Cyril Desjeux aboutit au total de 102 élus identifiés, pour plus de 520 000 élus en France, tous mandats confondus. Ce décompte indique une représentation très limitée au regard du nombre global d’élus.
Ces chiffres, issus d’un travail de repérage dans la presse locale, pointent autant un déficit de visibilité que d’inclusion institutionnelle : pour qu’une donnée devienne statistique officielle, il faudrait une collecte systématique et normalisée au sein des institutions elles‑mêmes.
Entre discours et pratiques
Matthieu Annereau déplore un décalage entre les déclarations publiques et la mise en œuvre : « de nombreux élus disent que l’inclusion est importante à l’école, ou au travail, mais ne l’appliquent pas dans le monde politique ». Cette critique porte sur des comportements concrets — absence de formats accessibles, manque de prise en compte des contraintes logistiques — et non seulement sur des intentions.
Le constat dépasse l’anecdote. Lorsque les règles de fonctionnement des assemblées, la diffusion des documents et l’organisation des réunions restent adaptées à des usages standard, les personnes en situation de handicap doivent multiplier les ajustements individuels pour exercer leur mandat.
Pour certains acteurs associatifs et chercheurs, l’enjeu est double : améliorer l’accessibilité pour permettre l’exercice effectif du mandat, et rendre visible la diversité des élus pour nourrir les politiques publiques. Le travail de recensement comme celui d’HandiPPolitique vise à produire des données nécessaires à ces deux objectifs.
Sans prétendre rendre compte de l’ensemble des initiatives en cours, le témoignage d’Annereau et les chiffres publiés par Handéo invitent à poser une question simple : les institutions politiques sont‑elles organisées pour inclure, dans les faits, les élus concernés par un handicap ?
La réponse dépendra autant d’aménagements techniques — formats numériques, aides matérielles, anticipation des supports — que de changements de gouvernance et d’habitudes professionnelles au sein des assemblées.





