En 1975, Simone Veil déclarait : « Ma revendication en tant que femme, c’est que ma différence soit prise en compte. » Ces mots trouvent un écho particulier à Umeå, une ville suédoise située à environ 300 kilomètres au sud du cercle arctique et qui compte près de 130 000 habitants. Présentée comme un « véritable laboratoire du féminisme », la municipalité social-démocrate a déployé, depuis les années 1970, une politique systématique en faveur de l’égalité des genres.
Une intégration de l’égalité au cœur de l’urbanisme
À Umeå, l’égalité des genres est inscrite dans la conception des espaces publics et des infrastructures. Les aménagements urbains sont pensés pour réduire les risques et répondre aux préoccupations des habitants : tunnels piétons élargis et éclairés, panneaux de signalisation identifiant clairement les parcours, et dispositifs anti-isolement pour prévenir les agressions.
Annika Dalén, chargée de l’égalité entre les genres pour la commune, souligne que l’expérience acquise permet de partager de bonnes pratiques. Elle insiste aussi : « L’égalité n’est pas une recette universelle, elle doit s’adapter localement. » Cette approche se traduit par des choix concrets visant la sécurité quotidienne et la qualité de vie.
Mixité sociale, équipement et loisirs
La politique municipale va au-delà de la sécurité : elle vise à garantir une mixité sociale et de genre dans tous les quartiers, ainsi qu’un accès à des logements abordables. Linda Gustafsson, qui travaille avec Annika, explique que regrouper services et diversité sociale favorise la proximité et facilite la vie des familles, notamment lors de séparations.
Sur le plan des équipements, la ville a développé des créneaux et des espaces de sport réservés aux femmes, pensés pour encourager la pratique et lever certaines barrières culturelles. Une sculpture monumentale sur la place principale, première au monde financée par une commande publique en hommage au mouvement #MeToo, symbolise cette volonté de visibilité et de changement.
Le sport local illustre aussi l’impact d’une politique ciblée : l’équipe féminine de football d’Umeå est devenue, au début des années 2000, la meilleure de Suède, remportant la Ligue des champions en 2003 et 2004. Ces succès sont présentés comme le résultat d’une stratégie planifiée et d’un investissement dans la pratique féminine.
Données, coopération européenne et financements
Umeå met l’accent sur une démarche fondée sur les données. La municipalité collecte de nombreuses informations sur ses habitants via enquêtes et registres d’état civil, afin d’ajuster ses actions aux besoins réels. Cet usage des données est, selon les responsables, l’une des clés de leur succès.
La ville a aussi tiré parti de financements et de réseaux européens. Annika Dalén évoque notamment des fonds du FEDER (Fonds européen de développement régional) pour déployer certaines actions. Umeå a participé à des programmes européens tels qu’URBACT et à des projets Horizon Europe, y compris un projet nommé « Go Green Routes ».
Ces coopérations ont permis des échanges de pratiques et la montée en compétence des équipes municipales. La ville a animé, par ailleurs, le premier réseau européen URBACT sur l’égalité, estimant que travailler en partenariat renforce la capacité d’innovation locale.
Limites, résistances et perspectives européennes
Malgré les avancées, Umeå — comme d’autres collectivités — rencontre des limites budgétaires et des formes de résistance. Annika Dalén pointe la persistance d’oppositions conservatrices et populistes qui ralentissent certaines évolutions. Elle regrette que promouvoir l’égalité remette en question des privilèges et des ordres établis.
Les données communales montrent néanmoins des progrès : près de 42 % des postes de direction sont occupés par des femmes, contre 28 % en France, chiffre repris par les autorités locales pour illustrer leurs résultats. La municipalité met en avant une approche mesurée, fondée sur la collecte et l’analyse de données, pour soutenir ces progrès.
Au niveau européen, la Commission a adopté en mars 2025 une feuille de route pour les droits des femmes, et a lancé en mai 2025 une consultation publique sur une nouvelle stratégie. L’exécutif européen prévoit de présenter cette stratégie au premier trimestre 2026. Les responsables d’Umeå espèrent que les orientations à venir renforceront la relation entre genre et structures de pouvoir.
En refusant la vision d’une « ville modèle » autoproclamée, Umeå revendique un rôle d’expérimentation et de partage. Son message aux autres collectivités européennes est pragmatique : adapter les politiques à la réalité locale, s’appuyer sur les données et s’engager dans des coopérations pour amplifier les résultats.





