Depuis l’installation de Donald Trump à la Maison-Blanche le 20 janvier 2025, une série de déclarations publiques de haute intensité — prononcées par le président lui‑même, son vice‑président J. D. Vance et des personnalités publiques comme Elon Musk — dessine un récit répétitif : un regard américain critique, parfois méprisant, envers l’Union européenne.
Répétition d’un discours critique
Le fil rouge de ces prises de parole se lit sur la période qui suit l’investiture et court jusqu’à la fin de l’année 2025. Le 14 février 2025, lors de la Conférence de Munich sur la sécurité, le vice‑président J. D. Vance a accusé les dirigeants européens de « courir en ayant peur de leurs propres électeurs ». Il a ajouté que la démocratie européenne « ne survivra pas si les préoccupations de la population sont jugées invalides », formule qui mêle critique politique et mise en garde sur la légitimité des institutions.
Ces propos, qui ont trouvé un écho chez des conservateurs américains, s’inscrivent dans une rhétorique plus large favorisant l’idée d’une Europe incapable de répondre aux défis géopolitiques contemporains et soumise, selon les mêmes intervenants, à des priorités contraires aux intérêts des États‑Unis.
Accusations et menaces commerciales
Le 26 février 2025, au cours de sa première grande réunion de cabinet, Donald Trump a franchi une étape plus directe en affirmant que « l’Union européenne a été créée pour emmerder les États‑Unis ». Cette sortie s’est accompagnée de menaces concrètes : l’évocation de droits de douane de 25 % sur les voitures européennes et d’autres produits, présentée comme une réponse à ce que la Maison‑Blanche décrit comme un déséquilibre commercial « intenable ».
Dans la tonalité et le contenu, la transformation d’un débat technique sur les tarifs douaniers en affrontement politique traduit une volonté de durcir le rapport de forces bilatéral et d’utiliser les instruments économiques comme levier de pression.
L’échange filmé avec Volodymyr Zelensky
Le 28 février 2025, une scène filmée dans le Bureau ovale a mis en lumière la tonalité personnelle et parfois humiliante de certaines interventions : Donald Trump et J. D. Vance se sont livrés à un échange tendu avec Volodymyr Zelensky, venu plaider pour la poursuite de l’aide américaine à l’Ukraine. Devant les caméras, M. Vance a demandé aux dirigeants ukrainiens et européens s’ils avaient « dit merci », appelant à « offrir quelques mots de gratitude aux États‑Unis d’Amérique et au président » pour l’assistance fournie.
Le reproche de manque de « gratitude » visait aussi bien Kiev que plusieurs capitales européennes, et servait à rappeler que, selon l’administration américaine de 2025, la sécurité du continent reste dépendante du bon vouloir de Washington.
Le rôle d’Elon Musk et la critique de Bruxelles
Le débat transatlantique a pris une dimension supplémentaire quand Elon Musk s’en est mêlé. Le 6 décembre 2025, après la sanction à hauteur de 120 millions d’euros infligée à X par la Commission européenne au titre du Digital Services Act (DSA), le milliardaire a appelé à ce que « l’Union européenne soit abolie et la souveraineté rendue aux pays », accusant Bruxelles de transformer la régulation numérique en « contrôle politique » masqué.
M. Musk a résumé sa contestation en opposant une liberté d’expression qu’il juge menacée à Bruxelles et un cadre réglementaire européen qu’il dépeint comme un « monstre bureaucratique ». Pour les autorités européennes, en revanche, la sanction relevait d’un cadre commun centré sur la traçabilité de la publicité et la lutte contre les contenus illégaux.
Un discours sur l’immigration et la « décadence » de l’Europe
Le 9 décembre 2025, dans un entretien filmé, Donald Trump a jugé l’immigration en Europe « un désastre » et a estimé que « la plupart des nations européennes sont en déclin, en train de se délabrer ». En recyclant des thèmes chers à l’extrême droite — invasion migratoire, villes « détruites », gouvernants « politiquement corrects » — il a présenté l’Union européenne comme un contre‑modèle civilisationnel, incapable de renvoyer ceux qui entrent irrégulièrement sur son territoire.
Ces images et ces formules, répétées tout au long de 2025, constituent un corpus rhétorique cohérent : elles associent mise en cause des élites européennes, critique des politiques migratoires et instrumentalisation des enjeux commerciaux et réglementaires contre Bruxelles.
Continuité et enjeux
Sans préjuger des conséquences politiques à moyen terme, la continuité du discours — manifestée par des déclarations datées et publiques tout au long de 2025 — révèle une stratégie de pression sur l’espace européen, mêlant slogans, menaces tarifaires et critiques médiatiques. Ce constat renforce l’idée d’une recomposition du lien transatlantique, où la coopération sécuritaire et économique se trouve simultanément revendiquée et remise en cause par des modalités de confrontation publique.





