Sous la nef du Grand Palais, mardi 13 janvier 2026, l’ambiance mêlait solennité et nervosité. Le Figaro célébrait en grande pompe son bicentenaire lorsque Marine Tondelier, figure des écologistes, a symboliquement laissé tomber sa veste verte, un geste simple mais significatif qui trahit un soulagement passager. Autour d’elle, des visages de la droite et de l’extrême droite formaient un écrin politique inattendu. Toutefois, ce n’est pas cette proximité qui l’a le plus affectée : la source de sa tension tenait aux derniers soubresauts du rassemblement de la gauche, quelques heures plus tôt presque au point de rupture.
Une primaire à gauche au bord du naufrage
L’idée d’organiser une primaire commune à la gauche — portée par les écologistes, les socialistes, des ex-« insoumis » regroupés sous L’Après et Génération.s — a frôlé l’échec dans la matinée. Le projet, qui vise à désigner une candidature unique pour l’élection présidentielle de 2027, est présenté comme une tentative de consolidation face à la dispersion des forces à gauche. Mais, malgré l’accord de principe de plusieurs formations, le processus a montré des signes patents de fragilité lors des dernières heures précédant la cérémonie au Grand Palais.
Le mot d’ordre d’une désignation collective bute sur des réticences persistantes. Les détails organisationnels et les conditions d’une primaire commune restent à arbitrer, et ces incertitudes ont suffi à provoquer une crise de confiance entre partenaires. Ce contexte explique en partie le geste de Tondelier, à la fois fatiguée et soulagée d’avoir traversé un épisode de forte tension sans rupture définitive.
Origines et temporalité du projet
L’idée remonte à l’été précédent : elle est née à Bagneux (Hauts-de-Seine) le 2 juillet 2025, sous l’impulsion de Lucie Castets et d’autres acteurs de la gauche qui cherchaient une voie alternative à la stratégie traditionnelle. Ce lancement s’est fait explicitement sans La France insoumise (LFI). Depuis, le projet a « croupi », selon le terme employé dans les échanges politiques, faute d’une dynamique claire et d’un calendrier partagé.
La longue période d’incubation a mis en lumière des divergences de calendrier et d’ambitions entre les partenaires. Certaines formations appellent à la patience et à des discussions approfondies ; d’autres souhaitent une accélération du processus pour capitaliser sur une fenêtre politique donnée. Ces temporalités contradictoires compliquent la mise en place d’un mécanisme de désignation qui satisfasse toutes les parties.
Des alliés qui tempèrent, et un refus notable
Au cœur des frictions, les socialistes, menés par la direction autour d’Olivier Faure, sont régulièrement apparus comme des freins. Les « troupes d’Olivier Faure » auraient eu tendance à refroidir les ardeurs de leurs alliés, préférant éviter une précipitation qui pourrait aboutir à une candidature mal négociée ou peu rassembleuse. Cette prudence traduit une stratégie calculée : les socialistes veulent limiter les risques et garder une marge de manœuvre dans les mois qui viennent.
Par ailleurs, l’un des alliés potentiels, Place Publique, a fait savoir qu’il ne participerait pas au processus de primaire. Son leader, Raphaël Glucksmann, décrit dans les échanges comme l’un des favoris à gauche selon les études d’opinion, a choisi de se tenir à l’écart de ce format. Ce refus affaiblit la crédibilité d’un dispositif qui repose sur une large convergence des forces de gauche.
Conséquences pour l’élection présidentielle de 2027
Le devenir de cette primaire conditionne la capacité de la gauche à présenter un front uni en 2027. Si la désignation d’une candidature commune échoue, la fragmentation pourrait profiter à des adversaires mieux structurés. Inversement, un accord clair et des règles acceptées par tous pourraient permettre une remontée du camp progressiste.
Pour l’heure, les signaux restent ambivalents : des initiatives existent, mais manquent de maîtrise collective. Les hésitations internes, conjuguées au refus de Place Publique, laissent planer un doute sur la possibilité d’aboutir à une candidature unique.
Reste que, au Grand Palais, entre les fastes du bicentenaire et les rencontres feutrées, Marine Tondelier a choisi un geste simple — ôter sa veste — comme image d’un instant où la pression retombe mais où les tensions politiques, elles, demeurent. Les prochaines semaines devront dire si la gauche parvient à transformer un projet moribond en un outil de rassemblement effectif pour 2027.





