Davos : des millionnaires patriotes français demandent la taxe Zucman et plus d’impôts — posture discrète, impact surtout symbolique

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À la veille du sommet de Davos, quelque 400 « patriotic millionaires » appellent à une hausse de la fiscalité des très riches, dénonçant le danger des inégalités. Le mouvement relance la « taxe Zucman », reprend les entretiens de Cécile Duflot et met en lumière le clivage entre héritiers et self‑made men, mais son impact reste surtout symbolique en l’absence d’engagement public massif.

Comme chaque année, en parallèle du sommet de Davos, qui commence lundi 19 janvier, une campagne publique appelle à une augmentation de la fiscalité des très riches. Cette année encore, environ 400 personnes se présentant comme « patriotic millionnaires » ont signé une lettre collective demandant des impôts plus élevés, estimant que l’explosion des inégalités depuis les années 1980 menace la santé de la démocratie.

Qui sont les signataires et quel est leur argumentaire ?

Le groupe, essentiellement composé de ressortissants américains, met en avant un constat simple et politique : selon eux, l’accumulation d’extrême richesse se fait au détriment du reste de la société. « Quand même des millionnaires comme nous reconnaissent que l’extrême richesse coûte à tous les autres, il ne peut y avoir aucun doute que la société est dangereusement au bord du précipice », écrivent-ils dans leur lettre cette année.

Parmi les noms cités figurent Abigail Disney, héritière d’une partie de l’empire Disney, Morris Pearl, présenté comme un ancien haut dirigeant de BlackRock, et le musicien britannique Brian Eno. Ces personnalités rejoignent une tradition — désormais récurrente lors des discussions autour du Forum économique mondial — de richissimes donateurs ou héritiers plaidant pour une redistribution plus forte.

Une proposition française évoquée : la « taxe Zucman »

En France, le débat sur une taxation accrue des très grandes fortunes a pris la forme, à un moment donné, d’une proposition connue sous le nom de « taxe Zucman ». Celle-ci visait à instituer un prélèvement annuel de 2 % sur les fortunes supérieures à 100 millions d’euros et sur les milliardaires. L’initiative a relancé la discussion sur l’équité fiscale et sur les moyens de réduire l’écart croissant entre les plus riches et le reste de la population.

Durant ce débat, Cécile Duflot, aujourd’hui directrice générale d’Oxfam France et ancienne ministre, a mené un travail d’écoute auprès de personnalités fortunées. Elle déclare avoir rencontré « huit à neuf » milliardaires pour connaître leur position sur une hausse de la fiscalité.

Retour des entretiens menés par Cécile Duflot

La leçon tirée de ces entretiens est nuancée : « Tous n’étaient pas forcément contre un surplus de taxation. C’est particulièrement vrai pour ceux qui ont fait fortune par eux-mêmes, au lieu d’avoir hérité. » Selon Mme Duflot, les self-made men garderaient une certaine compréhension des enjeux de justice fiscale, parce qu’ils ont connu une vie avant l’accumulation patrimoniale.

Cependant, précise-t-elle, ces personnalités fortunées n’étaient pas prêtes à s’exprimer publiquement. « Ils ne veulent pas d’ennuis », explique Mme Duflot, soulignant la réticence à s’engager dans le débat public malgré un possible accord intellectuel sur la nécessité d’une taxation plus forte.

Enjeux et limites du discours des riches en faveur d’une fiscalité accrue

La prise de parole de riches contribuables en faveur d’une fiscalité plus élevée comporte des effets symboliques et politiques. D’un côté, elle peut contribuer à légitimer des réformes fiscales ambitieuses et à attirer l’attention des décideurs. De l’autre, la retenue des signataires quant à une intervention publique limite l’impact médiatique et politique de leurs positions.

Le dossier soulève aussi des questions pratiques : quelles formes prendraient des impôts nouveaux ou renforcés ? Comment garantir leur efficacité ? Les arguments des signataires insistent sur le risque posé par des inégalités extrêmes pour la cohésion démocratique, mais ne détaillent pas systématiquement des mécanismes précis d’application.

Enfin, la différence d’attitude entre héritiers et créateurs de fortune apparaît comme un élément clef du débat. Les héritiers, parfois plus enclins à préserver l’anonymat, et les self-made men, parfois plus sensibles aux arguments de justice fiscale, montrent que l’opinion des très riches n’est pas homogène.

Ce questionnement sur la responsabilité fiscale des plus riches fait désormais partie des discussions récurrentes en marge des grands rendez-vous internationaux, à Davos comme ailleurs. Le contraste entre déclarations publiques limitées et débats privés souligne la complexité d’une réforme qui toucherait des intérêts puissants et variés.

Parlons Politique

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