À Mayotte, les coupures d’eau restent quotidiennes : des robinets à sec plusieurs jours par semaine faute d’une production suffisante pour plus de 329 000 habitants, dont 30 % ne sont pas raccordés au réseau. Cette situation, chronique et parfois aggravée, entretient la mémoire vive de la grande crise de l’eau de 2023, lorsque l’État avait dû acheminer plusieurs dizaines de millions de bouteilles pour pallier l’urgence.
Une pénurie qui affecte la vie quotidienne
Les coupures touchent des quartiers entiers et rythment la vie des familles, des entreprises et des services publics. L’absence d’eau courante plusieurs jours par semaine oblige à stocker, à réduire les usages et à modifier l’organisation du travail et de la scolarité. Pour plusieurs habitants, la dépendance aux livraisons d’eau en bouteilles est devenue une réalité récurrente plutôt qu’une solution temporaire.
La crise de 2023 reste un point de référence. Au-delà de l’événement climatique — une sécheresse qualifiée d’historique —, beaucoup perçoivent l’épisode comme révélateur d’un problème structurel : production insuffisante, infrastructures fragiles et accès inégal au service. Ces éléments nourrissent une défiance vis‑à‑vis des autorités et des organismes en charge de la distribution.
Le procès des dirigeants du Sieam s’ouvre à Paris
Le procès visant les dirigeants de l’ancien syndicat intercommunal d’eau et d’assainissement de Mayotte (Sieam), ainsi que plusieurs chefs d’entreprise, s’ouvre lundi 19 janvier pour une durée annoncée de sept jours devant le tribunal judiciaire de Paris. Il interviendra dans un contexte où les causes de la pénurie sont à la fois climatiques et—selon des rapports—administratives et financières.
À partir de 2018, deux rapports et des signalements émanant de la chambre régionale des comptes de La Réunion et Mayotte ont pointé des dysfonctionnements concernant la structure publique. Les termes évoqués dans ces documents — incurie, sous‑investissements et irrégularités — expliquent en partie pourquoi la crise a provoqué une rupture de confiance aussi marquée.
Ce procès est perçu par de nombreux observateurs comme une étape factuelle : il devrait permettre de confronter les éléments mis au jour par les audits et d’éclairer les responsabilités. Sans anticiper les conclusions de la justice, l’ouverture des débats offre une occasion formelle d’examiner les décisions prises, les investissements réalisés et la gouvernance du service public de l’eau.
Des enjeux locaux et nationaux
L’affaire dépasse le seul cadre administratif. La qualité de l’approvisionnement en eau a des implications sanitaires, économiques et sociales. L’insuffisance de la production pour une population déclarée supérieure à 329 000 habitants soulève des questions sur la planification des infrastructures, le financement des réseaux et l’équité d’accès entre zones raccordées et non raccordées.
Par ailleurs, la forte proportion de ménages non raccordés au réseau — 30 % selon les chiffres cités — pose une double contrainte : elle témoigne de fragilités techniques et augmente la vulnérabilité des populations face aux aléas climatiques. Ces éléments alimentent le débat public sur les priorités d’investissement et sur la gestion des services essentiels dans un territoire insulaire.
Les organisations locales, associations et représentants politiques observent de près la procédure judiciaire. Pour certains, les enquêtes et les procès sont nécessaires pour rétablir la confiance. Pour d’autres, la priorité reste la mise en œuvre rapide de solutions techniques et financières afin de réduire l’exposition des habitants aux coupures répétées.
Sans conclure sur la base des seuls éléments disponibles, il apparaît clair que la crise de l’eau à Mayotte combine facteurs naturels et responsabilités humaines. Le procès à Paris constituera un moment d’explication factuelle et judiciaire des dysfonctionnements dénoncés depuis 2018. Selon l’évolution des débats, il pourra alimenter des décisions administratives et des réformes visant à fiabiliser l’approvisionnement.
En attendant, les conséquences quotidiennes demeurent tangibles pour les familles et les services de l’île. La mémoire collective de 2023 et les rapports antérieurs pèsent sur le climat social et politique local, tandis que la justice est désormais saisie pour établir les faits et, le cas échéant, en tirer les responsabilités.





