Il fallait bien que quelqu’un paye la facture : le poids en incombera en grande partie aux grandes entreprises. Après des annonces favorables aux ménages, le gouvernement a présenté, les 16 et 18 janvier 2026, le revers du compromis budgétaire en cours de négociation avec le Parti socialiste : la charge fiscale pesant sur les grands groupes augmentera sensiblement par rapport à la version initiale du projet de loi de finances (PLF) pour 2026.
Un revirement fiscal ciblé sur les bénéfices des grandes entreprises
La modification la plus visible porte sur la surtaxe « exceptionnelle » appliquée aux bénéfices des grandes entreprises. Dans le budget 2025 imaginé par le gouvernement mentionné dans les échanges, cette surtaxe avait été chiffrée à 8 milliards d’euros et présentée comme temporaire, limitée à une année.
Pour 2026, le compromis en négociation prévoit d’alourdir la contribution des grands groupes par rapport au PLF initial. Le gouvernement justifie ce choix par la nécessité de maintenir le déficit public dans des limites raisonnables et par l’objectif politique d’obtenir l’appui du Parti socialiste, jugé indispensable pour faire adopter le budget sans censure, après le blocage observé lors du processus parlementaire de décembre.
Procédure constitutionnelle et calendrier politique
Le recours à des mesures procédurales va accompagner ces décisions budgétaires. Maud Bregeon, porte‑parole du gouvernement, a indiqué sur Franceinfo qu’un conseil des ministres se tiendrait « lundi dans la journée ». Le gouvernement doit à cette occasion préciser l’outil constitutionnel retenu pour sortir de l’impasse : une ordonnance est envisagée, mais le recours, plus probable selon les déclarations, à l’article 49 alinéa 3 de la Constitution permettrait d’imposer l’adoption du texte sans vote.
Le président du groupe socialiste à l’Assemblée nationale, Boris Vallaud, a estimé que « les annonces du premier ministre permettent d’envisager la non‑censure », dans un entretien accordé au Parisien le dimanche 18 janvier 2026. Cette formulation traduit la recherche d’un équilibre entre concessions budgétaires et garanties procédurales pour garantir l’adoption du budget 2026.
Rupture provisoire de la politique dite « pro‑entreprises »
Ce choix marque, au moins temporairement, une rupture avec la politique de l’offre favorable aux entreprises, conduite depuis le premier quinquennat d’Emmanuel Macron. Le gouvernement présente toutefois cette inflexion comme contrainte par les circonstances budgétaires et l’impératif d’obtenir un soutien parlementaire élargi.
Les discussions en cours traduisent une tension entre deux objectifs : d’un côté, préserver des baisses d’impôt et des dépenses annoncées pour les ménages ; de l’autre, contenir l’impact sur les finances publiques en sollicitant davantage les grandes entreprises. Le compromis entériné par l’exécutif vise à répartir le coût politique et financier de ces choix.
Antécédents et déclarations ministérielles
Sur l’arrière‑plan de ce débat figure la promesse explicite d’Amélie de Montchalin, alors ministre du Budget, devant les sénateurs le 17 juin 2025. Elle avait alors affirmé : « Certains points peuvent être affirmés sans détour : la surtaxe d’impôt sur les sociétés n’existera plus en 2026 ». Elle ajoutait que le gouvernement n’avait « nulle intention de recourir à une baguette magique fiscale pour combler des écarts dont la cause est la hausse de la dépense ». Ces propos, prononcés en juin 2025, contrastent avec la réévaluation récente des prélèvements sur les grands groupes.
La reprogrammation de la surtaxe ou son extension, telle que discutée dans les négociations, illustre les arbitrages difficiles entre engagements antérieurs et contraintes budgétaires nouvelles. Le détail des modalités — assiette, taux et durée — reste à préciser au fil des arbitrages ministériels et des discussions parlementaires.
Dans l’immédiat, le calendrier institutionnel est contraint : le gouvernement doit décider rapidement de la méthode retenue pour faire aboutir le PLF 2026, tandis que la coalition au pouvoir et le Parti socialiste poussent à formaliser un compromis susceptible d’éviter un nouvel échec parlementaire.
La suite dépendra des annonces attendues après le conseil des ministres et des choix définitifs sur les modalités de la surtaxe. Ces décisions détermineront l’équilibre final entre soutien aux ménages, pression fiscale sur les entreprises et respect des objectifs de déficit pour 2026.





