Le candidat socialiste António José Seguro est arrivé en tête du premier tour de l’élection présidentielle portugaise dimanche 18 janvier 2026, devançant l’homme de l’extrême droite André Ventura. Aucun des 11 candidats n’ayant obtenu la majorité absolue, un second tour est prévu le 8 février pour désigner le successeur du président sortant Marcelo Rebelo de Sousa.
Résultats et chiffres clés
Selon les projections diffusées à l’issue du scrutin, António José Seguro, 63 ans, a rassemblé 31,1 % des suffrages, contre 23,5 % pour André Ventura. Le député européen João Cotrim Figueiredo (affilié au groupe Renew), candidat de l’Initiative libérale, est arrivé troisième avec 15,9 % des voix.
La dispersion du vote, conjuguée à la progression de Chega, place le Portugal dans une situation politique inédite: un second tour présidentiel — le premier depuis 1986 et seulement le deuxième depuis l’instauration de la démocratie en 1976.
Portraits et trajectoires
António José Seguro, ancien secrétaire général du Parti socialiste (2011-2014), a effectué un retour remarqué sur la scène politique. Éloigné de la vie publique depuis près de dix ans, il a réussi à renforcer l’image de son camp en se présentant comme un homme de compromis.
À l’opposé, André Ventura, 43 ans, a considérablement remodelé le paysage politique portugais en quelques années. Entré au Parlement comme unique député en 2019, il a progressivement étendu son influence jusqu’à faire de Chega la première force d’opposition lors des dernières législatives, avec 22,8 % des voix et 60 sièges sur 230.
João Cotrim Figueiredo, député européen affilié à Renew, incarne quant à lui le courant libéral. Sa troisième place à 15,9 % témoigne de la fragmentation du centre droit et de l’espace politique modéré.
Réactions et annonces des partis
Au soir du premier tour, António José Seguro a appelé «les progressistes» à se rassembler pour «vaincre les extrémismes» et «ceux qui sèment la haine», déclarant: «Avec notre victoire, c’est la démocratie qui a gagné.» Ces propos contrastent avec le ton offensif employé par son adversaire.
André Ventura, qui s’est autoproclamé «candidat du peuple» et a promis de «remettre de l’ordre» dans le pays, a salué des «résultats historiques». Les projections donnent cependant Ventura perdant au second tour.
Du côté des grands partis, la conduite à tenir pour le 8 février reste floue. Le chef du Parti social-démocrate (PSD), parti de centre-droit qui dirige le gouvernement, a déclaré que son parti «ne participera pas à la campagne et n’appellera à voter pour aucun candidat». João Cotrim Figueiredo a également annoncé qu’il ne soutiendrait aucun des deux finalistes.
Enjeux institutionnels et cohabitation
Quel que soit le verdict du second tour du 8 février, le Premier ministre Luís Montenegro devra probablement cohabiter avec un président issu d’un autre camp politique. Luís Montenegro est à la tête du gouvernement depuis mars 2024 et a été reconduit en mai 2025 à la tête d’un exécutif minoritaire.
Le rôle du président de la République au Portugal reste essentiellement arbitral: élu pour un mandat de cinq ans renouvelable, il ne détient pas de pouvoirs exécutifs directs mais peut dissoudre le Parlement et convoquer des élections anticipées. Ces prérogatives l’inscrivent comme un acteur clé dans un paysage politique devenu plus fragmenté qu’à l’accoutumée.
Le second tour du 8 février s’annonce donc décisif pour l’avenir des équilibres politiques portugais, face à une droite divisée et à une montée des forces populistes qui ont modifié la géographie du pouvoir ces dernières années.





