Bilan chiffré des démolitions à Mayotte
Entre juin 2019 et juillet 2025, la préfecture de Mayotte a pris 52 arrêtés ordonnant « l’évacuation et la destruction de locaux construits illicitement ». Selon les chiffres fournis par l’autorité administrative du département d’outre-mer, ces décisions ont abouti à la destruction de 3 884 habitations sur cette période.
Pour estimer le nombre de personnes affectées, les autorités locales et les instituts statistiques s’appuient sur des données antérieures. D’après une estimation de l’Institut national de la statistique et des études économiques (Insee) datant de 2017, la taille moyenne d’un foyer vivant dans une « case en tôle » est de 4,5 personnes. Appliqué au nombre d’habitat détruit, ce ratio conduit à plus de 17 000 personnes potentiellement délogées par ces opérations.
Méthode de compilation et sources
Le quotidien Le Monde indique avoir compilé les décisions préfectorales (accessibles ici) et les avoir croisées avec des témoignages, l’analyse d’images satellites et des publications sur les réseaux sociaux. Le journal souligne que ces arrêtés sont souvent incomplets, ce qui complique l’établissement d’un état précis et exhaustif des interventions.
Les éléments sont donc issus d’un croisement de sources administratives et de preuves visuelles ou témoignées. Là où les décisions préfectorales manquent de détail, les images satellites et les récits locaux ont servi à préciser, autant que possible, l’ampleur des opérations.
Lignes de force et limites des données
Les chiffres communiqués par la préfecture donnent une photographie partielle des démolitions. Plusieurs limites apparaissent à la lecture des documents : l’absence d’informations systématiques sur la date exacte des interventions, le nombre précis d’occupants au moment de chaque démolition, ou encore les modalités d’évacuation et d’accompagnement des personnes concernées.
Le recours aux estimations de l’Insee de 2017 permet d’évaluer l’ordre de grandeur des personnes potentiellement concernées, mais il faut rappeler que ces moyennes ne rendent pas compte des variations locales ou temporelles du nombre d’habitants par logement.
Conséquences humaines et pratiques
Les chiffres bruts — 52 arrêtés et 3 884 habitations détruites — traduisent des opérations de grande ampleur sur six ans. Si le calcul fondé sur l’estimation Insee aboutit à près de 17 500 personnes potentiellement délogées, ce total reste indicatif et dépend des hypothèses retenues sur la composition des ménages au moment des opérations.
Le recoupement avec des témoignages et des images permet toutefois de confirmer l’existence d’évacuations collectives et d’effets significatifs sur des quartiers où l’habitat informel est concentré. Le bilan humain et social de ces interventions dépendra aussi des dispositifs d’accompagnement mis en place par l’État et les collectivités locales, information qui n’est pas fournie de manière exhaustive dans les arrêtés consultés.
Réactions et demandes d’explication
Le Monde précise avoir sollicité la préfecture de Mayotte et ses partenaires institutionnels pour obtenir des précisions sur ces opérations. Selon le quotidien, ces demandes sont restées sans réponse au moment de la publication des éléments compilés.
En l’absence de réponse officielle détaillée, plusieurs questions restent ouvertes : quelles procédures d’information et d’accompagnement ont été proposées aux personnes expulsées ? Quels critères ont conduit à la sélection des sites concernés ? Et quelles alternatives au relogement ont été proposées, le cas échéant ?
Les documents administratifs disponibles permettent d’identifier l’ampleur matérielle des démolitions, mais ils laissent des zones d’ombre sur les conséquences concrètes pour les ménages et sur l’application des garanties juridiques et sociales lors des opérations.
Cette synthèse repose strictement sur les données et descriptions rendues publiques par la préfecture et sur la compilation présentée par Le Monde, complétées par des éléments visuels et des témoignages mentionnés par le journal. Faute d’informations supplémentaires ou de réponses des autorités interrogées, elle s’en tient aux éléments accessibles et vérifiables cités ci‑dessus.





