Audition décisive au palais de justice
La cour d’appel de Paris a entamé mardi 20 janvier 2026 dans l’après-midi l’interrogatoire de Marine Le Pen, dans le cadre du procès en appel portant sur les assistants parlementaires du Front national. Cette audience, tenue dans la première chambre du palais de justice sous les boiseries, est présentée comme déterminante pour l’avenir politique de la dirigeante d’extrême droite, qui vise la présidentielle de 2027.
Marine Le Pen est montée à la barre peu après la reprise des débats à 13 h 30. Son audition était programmée pour s’étendre jusqu’à mercredi soir, 21 janvier 2026. Dès l’ouverture de l’échange avec la présidente Michèle Agi, la présidente du Rassemblement national a abordé un point technique : la mutualisation des assistants parlementaires d’eurodéputés.
« Je note que sur toute cette période de dix ans, le Parlement européen ne nous a jamais ni conseillé ni reproché d’avoir eu des assistants qui manifestement travaillaient avec plusieurs députés », a déclaré Marine Le Pen, ajoutant que cette pratique, selon elle, avait été portée à la connaissance du Parlement européen.
Les faits reprochés et la condamnation de première instance
La procédure vise Marine Le Pen, le Rassemblement national — alors appelé Front national — et dix autres cadres, accusés d’avoir employé, entre 2004 et 2016, des salariés du parti avec des fonds du Parlement européen. Selon le jugement de première instance cité lors de l’audience, ces emplois auraient été financés à partir de crédits alloués à des assistants parlementaires européens alors que ces personnes travaillaient en réalité pour le parti.
En première instance, le tribunal correctionnel de Paris a estimé le préjudice économique subi par le Parlement de Strasbourg à 3,2 millions d’euros. Ce montant tient compte d’un déduit de 1,1 million d’euros correspondant à des fonds indûment versés mais déjà remboursés par une partie des prévenus.
Le 31 mars 2025, le tribunal correctionnel a déclaré Marine Le Pen coupable et l’a condamnée notamment à cinq ans d’inéligibilité avec exécution immédiate. Cette sanction empêche, en l’état, la dirigeante de se porter candidate à la présidentielle suivante. Le jugement de mars 2025 avait été rendu à un moment où, selon les sondages évoqués à l’époque, Marine Le Pen figurait en tête des intentions de vote pour le premier tour.
Des 25 personnes condamnées en première instance, la moitié seulement ont interjeté appel, a précisé la cour lors des audiences.
Contexte politique et enjeux pour le RN
La procédure intervient alors que le Rassemblement national dispose d’un groupe d’un poids inédit à l’Assemblée nationale : 120 députés RN y siègent, selon les chiffres évoqués pendant les débats. Si la condamnation en appel était confirmée, Marine Le Pen pourrait être contrainte d’abandonner sa tentative de quatrième candidature à la présidence. Le parti pourrait alors se tourner vers Jordan Bardella, cité comme possible successeur politique dans l’entourage du RN.
Marine Le Pen a souligné que les situations dénoncées relèvent d’une « succession de cas en réalité très différents les uns des autres », renvoyant de façon répétée à sa longue carrière au Parlement européen. « Cela me concerne sur douze ans, puisque j’ai été douze ans eurodéputée », a-t-elle rappelé lors de son interrogatoire.
Le témoignage de Julien Odoul devant la cour
La journée de mardi avait commencé par l’audition du député de l’Yonne Julien Odoul. Mis en difficulté, il a été interrogé sur la réalité de son emploi en tant qu’assistant parlementaire d’une eurodéputée frontiste durant la période 2014-2015.
Julien Odoul, âgé de 40 ans, a expliqué avoir rejoint le parti en 2014 et avoir été recruté comme assistant parlementaire de l’eurodéputée Mylène Troszczynski. Pourtant, a-t-il affirmé, durant les premiers mois « je n’ai pas travaillé pour Mylène Troszczynski car elle ne me donnait pas de travail ». Sur une année et demie, il a déclaré n’avoir eu que douze communications avec sa supérieure théorique; du total de leurs échanges, trois appels seulement, le plus long durant quatre minutes et dix-sept secondes.
L’organigramme du Front national publié à l’hiver 2015, qui avait attiré l’attention du Parlement européen, présentait Julien Odoul comme « conseiller spécial » au cabinet de Marine Le Pen. À la barre, il a dit s’être retrouvé « désœuvré » et s’être mis informellement au service de la présidente du parti, après qu’on lui eut dit de se rendre utile au siège.
Les débats en appel doivent éclairer la nature exacte des missions effectuées par ces assistants et déterminer la part de responsabilité des différents prévenus. L’audition de Marine Le Pen, suivie des autres témoignages et moyens de preuve, devrait se poursuivre conformément au planning annoncé par la cour.





