Enquête Mayotte : 3 884 démolitions sous la préfecture, loi ELAN contournée, relogements insuffisants et conséquences sociales pour des milliers de personnes

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À Mayotte, entre juin 2019 et juillet 2025, 3 884 habitations — soit près de 17 478 personnes selon l’estimation — ont été démolies dans le cadre d’arrêtés pris au titre de l’article 197 de la loi ELAN. Ces opérations, concentrées notamment à Mamoudzou (Doujani, camps de Tsoundzou 2), révèlent un écart entre les obligations légales de relogement et la réalité : hébergements insuffisants, déplacements répétés et perte de biens pour des familles vulnérables, illustrant un cycle « démolition–relogement insuffisant–nouvelles expulsions ». Témoignages et chiffres administratifs pointent les conséquences sociales lourdes de ces politiques.

« Au début, nous n’avions nulle part où aller. » Lorsque sa maison est rendue inhabitable par une opération de démolition le 17 janvier 2023, à Doujani, dans la commune de Mamoudzou, Saïd* et sa famille se retrouvent à la rue. Ce même jour, 160 cases sont détruites dans le quartier et plus de 450 personnes, dont certaines vivaient sur place depuis une dizaine d’années, sont délogées.

La préfecture indique avoir mis 120 personnes à l’abri. Les autres ont peiné à trouver une solution immédiate. « Nous avons passé environ une semaine à la rue avant d’obtenir un hébergement à Tsoundzou 2 », raconte Saïd. Ce campement, situé plus au sud de Mamoudzou, est lui‑même détruit deux ans plus tard, cette fois en privant plus de 800 personnes d’une solution d’hébergement.

Des démolitions répétées et des déplacements massifs

Entre avril 2019 et juillet 2025, la préfecture de Mayotte a pris 52 arrêtés ordonnant « l’évacuation et la destruction de locaux construits illicitement », dont 43 auraient été exécutés. Le Monde a compilé ces informations ( accessibles ici ).

Selon les chiffres fournis par la préfecture, 3 884 habitations ont été démolies entre juin 2019 et juillet 2025. En s’appuyant sur une estimation de 2017 de l’Institut national de la statistique et des études économiques (INSEE), selon laquelle 4,5 personnes vivent en moyenne dans chaque « case » en tôle, ces opérations auraient potentiellement entraîné le délogement d’environ 17 478 personnes.

Cadre légal et obligations administratives

Ces démolitions s’inscrivent majoritairement dans le cadre de l’article 197 de la loi « ELAN » (évolution du logement, de l’aménagement et du numérique). Ce dispositif permet au préfet de Mayotte d’ordonner, par arrêté, la destruction de « locaux ou installations » présentant des « risques graves pour la salubrité, la sécurité ou la tranquillité publique ».

La loi impose, pour chaque arrêté, la rédaction d’un « rapport motivé » établi par les services chargés de l’hygiène et de la sécurité. Elle exige également que l’arrêté soit accompagné de propositions de relogement ou d’hébergement d’urgence jugées « adaptées ». Dans la pratique, la mise en œuvre de ces obligations soulève des questions sur la capacité à proposer des solutions collectives et pérennes pour les personnes concernées.

Conséquences humaines et tensions locales

Les chiffres officiels décrivent une ampleur importante des opérations, mais ne rendent pas toutes les dimensions humaines des déplacements forcés. Des familles entières perdent des biens, des repères et l’accès à des services élémentaires. La citation de Saïd illustre la précarité immédiate : une semaine passée à la rue avant l’attribution d’un hébergement temporaire.

Les campements informels, quand ils existent, peuvent offrir une solution provisoire, mais leur démantèlement ultérieur expose à un nouvel épisode de vulnérabilité. Le cycle « démolition — relogement insuffisant — nouvelles expulsions » est au cœur des plaintes de riverains et d’associations qui suivent ces situations.

Chiffres, estimations et limites des données

Les totaux cités reposent sur des informations administratives et des estimations démographiques antérieures. La multiplication de 3 884 habitations détruites par une moyenne de 4,5 personnes par case aboutit au chiffre approché de 17 478 personnes potentiellement déplacées. Ce calcul est une projection arithmétique fondée sur des éléments fournis dans les sources mentionnées.

Il convient de noter que ces estimations ne tiennent pas compte de variations locales : taux d’occupation réel, familles réparties entre plusieurs logements, ou relogements rendus invisibles par des solutions informelles. Elles donnent toutefois une échelle de l’impact démographique des opérations administratives réalisées sur la période indiquée.

Enfin, le recours à l’article 197 de la loi ELAN structure juridiquement les expulsions et démolitions, mais sa mise en œuvre sur le terrain renvoie à des enjeux concrets de capacité d’hébergement, de coordination des services et de suivi des personnes affectées.

*Prénom modifié.

Parlons Politique

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