Accusations de reniement après l’annonce du recours au 49.3
La cheffe de file des députés La France insoumise (LFI) à l’Assemblée nationale, Mathilde Panot, a vivement critiqué le Parti socialiste (PS) au lendemain de l’annonce par Sébastien Lecornu de son intention de recourir au 49.3 pour faire adopter le projet de budget sans vote. Interrogée sur Franceinfo le mardi 20 janvier, elle a dénoncé un large écart entre les engagements affichés par le PS et les propositions effectivement présentes dans la dernière version du budget, qualifiée par la droite à plusieurs reprises de « budget socialiste ».
« Combien ont été mises, dans ce budget, de ces grandes propositions qui avaient été faites par le Parti socialiste ? Zéro », a déclaré Mme Panot, prenant pour exemples la taxe Zucman sur les très hauts patrimoines et l’abrogation de la réforme des retraites, des mesures auparavant présentées par les socialistes comme des « lignes rouges ».
Analyse des convergences et des absences : la méthode des Décodeurs
Pour jauger l’ampleur des concessions, Les Décodeurs ont confronté le contre‑budget du PS, publié à la fin août 2025, et ses déclarations d’intention, avec les compromis inscrits dans la version du budget dévoilée par Sébastien Lecornu. Leur constat met en lumière des avancées partielles, mais aussi l’absence de plusieurs mesures emblématiques portées par le parti à la rose.
À première vue, plusieurs des points centraux du contre‑budget socialiste ne figurent pas dans le texte gouvernemental. Sur la taxation des plus riches, aucune hausse n’est prévue en 2027 : la taxe dite « Zucman » ne paraît pas mise en œuvre, et le rétablissement de l’impôt sur la fortune (ISF), centré sur la « fortune financière dite non professionnelle », n’a pas été intégré, une proposition qui avait suscité une forte opposition en hémicycle.
Mesures fiscales rejetées ou transformées
La doublement de la taxe sur les GAFAM, promis pour générer 700 millions d’euros annuels selon le contre‑budget, n’apparaît pas non plus dans la copie gouvernementale. Le projet de taxer massivement les holdings, un autre volet destiné à toucher les dispositifs utilisés par les très riches pour alléger leur imposition, a été abandonné.
En revanche, le gouvernement a répondu à l’une des demandes socialistes en mettant fin à l’exonération des « biens personnels » dans le cadre du pacte Dutreil, qui permettait notamment de transmettre une entreprise avec des avantages fiscaux. Cette mesure devrait, selon les analyses disponibles, limiter l’usage de certaines niches fiscales et avoir un effet indirect sur la structuration des holdings.
Parmi d’autres niches fiscales visées par le PS, le crédit d’impôt recherche (CIR) est finalement maintenu, de même que le traitement fiscal avantageux de l’assurance‑vie en matière de succession, alors que le parti souhaitait les réformer.
Concessions sociales : partiales mais réelles
Sur la question des retraites, le compromis trouvé apparaît partiel. Le PS réclamait l’ouverture d’un dialogue pour ramener l’âge légal à 62 ans ; le gouvernement a accepté le gel de l’âge de départ à 62 ans et 9 mois jusqu’en 2028, une disposition qui bénéficierait à 3,5 millions de personnes par rapport à la réforme précédente. Le parti affirme néanmoins que « le combat continue » pour empêcher un relèvement définitif à 64 ans.
Plusieurs mesures touchant le pouvoir d’achat, revendiquées par le PS, ont aussi été retenues ou adaptées. Le dégel du barème de l’impôt sur le revenu, mentionné dans le contre‑budget, figure parmi ces concessions et permet de neutraliser mécaniquement des effets d’inflation sur l’imposition. Le gouvernement renonce au rabotage de la prime d’activité, qui pourrait même être augmentée pour les travailleurs modestes, et étend le repas à 1 euro à tous les étudiants dans les restaurants universitaires.
D’autres annonces confirment le retrait de projets d’économies jugés sensibles : la réforme de l’abattement de l’impôt sur le revenu pour les retraités est retirée, tout comme les économies prévues sur les allocations pour les personnes en situation de handicap et sur les allocations logement.
Fiscalité des entreprises : maintien d’une surtaxe et renoncement à une baisse
Sur la fiscalité des sociétés, la copie présentée par M. Lecornu marque un pas en direction des demandes du PS. La surtaxe sur les bénéfices des grands groupes est reconduite en 2026 à un niveau comparable à celui de 2025, pour une recette attendue de 7,3 milliards d’euros, alors que le gouvernement envisageait initialement de la réduire de moitié. Par ailleurs, l’exécutif renonce à une baisse de la cotisation sur la valeur ajoutée des entreprises (CVAE) réclamée par le patronat.
Bilan nuancé : compromis ou reniement ?
Au terme de l’examen, il ressort que le PS n’a pas réussi à faire inscrire dans le budget 2026 plusieurs de ses mesures emblématiques. En contrepartie, plusieurs concessions de l’exécutif reprennent l’esprit — si ce n’est toujours la lettre — de certaines revendications socialistes, notamment sur le pouvoir d’achat et la pression fiscale des grandes entreprises.
La lecture politique diverge : pour LFI, ces compromis traduisent un reniement des ambitions initiales du PS ; pour les socialistes, il s’agit de compromis assumés, bâtis comme des avancées concrètes, certes modestes, mais jugées préférables à une confrontation prolongée.





