Ni livre-programme, ni reportage de révélations ou de règlement de comptes, La Maison aux piliers. Comment nous avons changé Paris (Stock, 256 pages, 20 euros) se présente d’emblée comme autre chose. Pierre Lombard y rapporte ses années passées au cabinet de la maire de Paris, Anne Hidalgo, et choisit de s’éloigner du tumulte politique et médiatique pour décrire la réalité concrète de l’exercice du pouvoir municipal.
Un récit centré sur l’exercice quotidien du pouvoir
Conseiller puis directeur adjoint du cabinet entre 2019 et 2025, Pierre Lombard a occupé des fonctions opérationnelles : il a suivi les questions de voirie et d’aménagement de l’espace public, avant de prendre en charge l’organisation des Jeux olympiques et paralympiques de Paris 2024. Ces positions lui ont permis d’observer « les jeux de pouvoir internes mais aussi externes, avec un État qui a autorité sur une partie de la capitale », écrit-il.
Le propos du livre est méthodique plutôt que polémique. Lombard se décrit comme à la fois « traducteur et gardien » des grandes orientations de la maire. Son intérêt principal est de montrer comment une idée politique se transforme — ou s’épuise — au sein d’une administration lourde. Il rappelle que la mairie est un « mastodonte » : « une trentaine d’adjoints et leurs cabinets, 17 maires d’arrondissement, une vingtaine de directions et 55 000 fonctionnaires », énumération qui illustre la complexité du territoire décisionnel.
Transformer une intention en décision
Le livre s’attarde sur des exemples concrets pour expliquer le cheminement d’une décision publique. Partant d’un ordre de départ parfois vague — « réaliser un plan Vélo très ambitieux » — il faut définir les rues à transformer, établir un calendrier, fixer une méthode de travail et négocier avec des acteurs très différents. Lombard souligne que ce travail requiert une coordination serrée : « Avec un adjoint qui pilote bien son administration, qui est aligné sur la vision politique de la maire, qui partage l’information et se coordonne avec les autres adjoints, je ne sers à rien. Mais ces conditions ne sont quasiment jamais réunies. »
La phrase résume une difficulté récurrente : sans alignement entre élus et directions, une décision politique peut se diluer dans les circuits administratifs. Le récit met en lumière autant les étapes techniques que les arbitrages politiques et les négociations locales nécessaires pour faire aboutir des projets d’aménagement urbain.
Dans ce cadre, la dimension humaine et organisationnelle prend une place centrale. Le livre montre que la réussite d’un projet dépend souvent d’un enchaînement de petites décisions mises en cohérence, plutôt que d’un grand geste politique unique.
Observateur des jeux de pouvoir
Depuis ses fonctions, Lombard dit avoir été aux « premières loges » pour observer les rapports de force qui structurent l’action municipale. Il insiste sur la pluralité des interlocuteurs et sur le fait qu’une partie du pouvoir sur la capitale relève de l’État, ce qui complexifie encore les procédures et les responsabilités. Le récit évite les effets de manche et cherche plutôt à tirer des enseignements sur les mécanismes de l’action publique.
Le ton reste mesuré : l’auteur n’entend ni dramatiser ni célébrer. Il raconte des « batailles picrocholines », expression reprise dans l’ouvrage pour évoquer ces conflits de faible amplitude mais continus, qui finissent par peser sur la capacité d’un exécutif à traduire ses orientations.
Au fil des pages, le lecteur découvre la tension permanente entre volonté politique et contraintes opérationnelles. Le témoignage met en évidence la nécessité d’alliances, d’échanges d’information et d’une organisation interne souple pour éviter que la décision ne se perde dans la machine administrative.
Enfin, le texte indique brièvement l’engagement politique personnel de l’auteur : Pierre Lombard a rejoint le parti Place publique et figure sur la liste d’union de la gauche pour les municipales de mars. Le livre se lit ainsi comme le récit d’un praticien qui souhaite partager des enseignements tirés de l’intérieur, sans renoncer à une lecture critique de l’organisation municipale.
En somme, La Maison aux piliers se présente comme un carnet de bord administratif et politique. Plutôt que des révélations formelles, il offre une plongée organisée dans la complexité de la gestion d’une métropole, en privilégiant le détail des processus et des arbitrages quotidiens qui façonnent la transformation de Paris.





