Le Sénat a exprimé, mercredi 21 janvier 2026, de très fortes réticences à l’égard de la création d’un droit à l’aide à mourir en supprimant l’un des articles centraux d’une proposition de loi sur la fin de vie. Cette décision vide le texte de sa substance au deuxième jour des débats dans la Haute Assemblée.
Un article clé supprimé
L’article fixant les conditions d’accès à un dispositif de suicide assisté ou d’euthanasie a été retiré par 144 voix contre et 123 pour. Sa suppression prive la proposition de loi de sa « clé de voûte », selon Philippe Mouiller (Les Républicains), président de la commission des affaires sociales du Sénat.
« Tout le texte est vidé de sens aujourd’hui, car sa clé de voûte est tombée », a regretté M. Mouiller, tout en précisant que les débats allaient néanmoins se poursuivre dans la Chambre haute.
Oppositions et motifs du rejet
Le rejet de l’article résulte d’un ensemble de raisons et d’arrières-pensées politiques. Une large partie de la droite sénatoriale, traditionnellement hostile à toute forme d’aide à mourir, a voté contre. Le groupe socialiste s’est également opposé, estimant que la version proposée s’éloignait sensiblement du dispositif voté à l’Assemblée nationale en mai 2025.
Les socialistes considèrent que le texte adopté en 2025 à l’Assemblée offrait un équilibre absent de la version soumise au Sénat, d’où leur refus de soutenir l’article supprimé.
Divergences importantes au Palais du Luxembourg
Le résultat de ce vote illustre l’ampleur des divisions au sein du Sénat. La majorité sénatoriale, formée d’une coalition entre la droite et les centristes, s’est révélée particulièrement éclatée sur ce dossier sensible.
Patrick Kanner, chef des sénateurs socialistes, a exprimé son désarroi : « C’est un triste soir pour le Sénat que nous vivons collectivement ». Il a estimé que la Chambre haute était en train de se ridiculiser sur un sujet « essentiel pour les Français ».
Du côté des centristes, Loïc Hervé a répondu aux critiques en rappelant la difficulté politique : « On ne peut pas demander à des sénateurs qui sont opposés à l’euthanasie et au suicide assisté de voter pour un article comme [celui-là]. C’est impossible, c’est tout ».
Suite du processus parlementaire
Un vote solennel sur l’ensemble de la proposition de loi du député Olivier Falorni (MoDem) est maintenu au mercredi 28 janvier 2026, mais plusieurs parlementaires ont estimé que ce scrutin aura peu de portée après la suppression de l’article central.
Plusieurs voix ont même demandé au gouvernement de retirer le texte de l’ordre du jour. La ministre de la Santé, Stéphanie Rist, a refusé ce recours, arguant que le retrait interromprait la navette parlementaire.
Le calendrier législatif laisse donc entendre que la suite du processus se déroulera principalement à l’Assemblée nationale, où une majorité s’était dégagée lors des débats de mai 2025.
Contexte et portée
La controverse sénatoriale souligne la difficulté d’aboutir à un compromis sur la fin de vie au Parlement français. Les divergences d’approche entre Assemblée et Sénat, et au sein même des groupes parlementaires, rendent la rédaction d’un texte consensuel problématique.
À ce stade, la suppression de l’article central laisse la proposition de loi dépourvue de son dispositif principal, et le débat parlementaire devrait se poursuivre en privilégiant les échanges entre les deux chambres dans les semaines à venir.





