Marine Le Pen a achevé un interrogatoire marathon de treize heures, mardi 20 puis mercredi 21 janvier, répondant aux questions du tribunal avec une énergie qui, selon le récit, a pu surprendre voire « forcer l’admiration » de son dauphin, Jordan Bardella. Ces auditions ont eu lieu lors du sixième jour du procès en appel relatif aux assistants parlementaires européens du Front national (FN).
Déroulé de l’audition et posture de la prévenue
Sur le fond, Marine Le Pen est restée dans une posture essentiellement défensive et contestataire sur certains points tout en abandonnant d’autres arguments procéduraux. Elle n’a pas, cette fois, contesté la procédure au nom de la séparation des pouvoirs — un point notable après des années de recours et de débats juridiques. À plusieurs reprises, elle a répété sa « bonne foi » et nié avoir organisé un système destiné à détourner les dotations du Parlement européen.
Interrogée sur les faits, elle a admis avec prudence vouloir « bien entendre » qu’un délit a pu être commis et a reconnu que des assistants parlementaires avaient pu travailler, « de façon résiduelle », pour le parti. Ces formulations marquent un déplacement par rapport à une défense entièrement déniante et montrent une certaine acceptation de faits partiels sans pour autant concéder l’existence d’un montage organisé.
Ce qui a été contesté et ce qui a été admis
Marine Le Pen a nié formellement avoir jamais organisé un système visant à piller les dotations européennes. Elle a également assuré qu’elle ne procédait jamais au déplacement ni au choix des assistants des eurodéputés, dégageant sa responsabilité directe. Pour le reste, elle a maintenu qu’elle n’était pas informée des pratiques mises en cause et a longuement insisté sur sa bonne foi.
Cette stratégie combine le refus de responsabilité active et la reconnaissance, limitée, d’une réalité opérationnelle : des liens entre l’activité des assistants et le parti auraient existé, mais sous une forme qualifiée de « résiduelle » par la prévenue. Ces nuances comptent pour la cour d’appel, qui doit réexaminer tant les faits que la qualification juridique et la portée éventuelle d’un individualisation des responsabilités.
Contexte judiciaire et conséquences antérieures
Ce procès en appel fait suite à une procédure longue, entamée par dix années d’instruction. L’ancienne présidente du FN avait été condamnée en première instance le 31 mars 2025 à quatre ans de prison, dont deux avec sursis, et à cinq ans d’inéligibilité. C’est cette condamnation que la cour d’appel est appelée à réexaminer, en tenant compte des éléments apportés au dossier et des déclarations faites lors des auditions.
Les auditions de mardi 20 et mercredi 21 janvier constituent un moment clef du dossier, car elles permettent à la cour d’évaluer la cohérence des réponses et la plausibilité des explications avancées par la prévenue, après une décennie d’enquête et de débats judiciaires. La cour devra aussi apprécier si les admissions partielles et les nuances de langage modifient la qualification pénale ou la responsabilité personnelle retenue en première instance.
Dimensions politique et symbolique
Au-delà de l’enjeu pénal, ce procès revêt une forte portée politique. Marine Le Pen reste une figure majeure du paysage politique français, et toute audience où elle prend la parole focalise l’attention médiatique et l’évaluation publique de son comportement. Le fait que son « dauphin », Jordan Bardella, soit évoqué dans le récit des audiences souligne la dimension de succession et d’image au sein du parti.
Pour l’instant, la prévenue maintient qu’elle n’a jamais mis en place un mécanisme de détournement des fonds et qu’elle n’a pas choisi ni déplacé les assistants incriminés. Ces dénégations s’inscrivent dans une stratégie visant à limiter la portée pénale des faits et à préserver une ligne de défense axée sur l’absence d’intention frauduleuse manifestée de sa part.
La suite du procès en appel devra trancher sur la force probante des éléments matériels et des témoignages, ainsi que sur l’interprétation juridique des liens entre les assistants et le parti. Les déclarations rendues les 20 et 21 janvier constitueront des pièces importantes de cet examen.





