Louis Aliot a peu de temps pour digérer ses déboires judiciaires. Entendu par le tribunal judiciaire quinze mois auparavant, il a été condamné le 31 mars 2025 pour détournement de fonds publics à dix-huit mois de prison, dont douze avec sursis, et à trois ans d’inéligibilité, sans exécution provisoire. En appel, il conserve cependant ses fonctions municipales à Perpignan et affiche la confiance de ceux qui le soutiennent, porté par des sondages qu’il juge favorables et par l’objectif de décrocher un nouveau mandat en mars.
Une condamnation lourde, une application suspendue
Sur le plan pénal, la décision du 31 mars 2025 marque une étape importante: la cour a retenu des faits de détournement de fonds publics et prononcé une peine combinant emprisonnement et inéligibilité. La non‑exécution provisoire de la condamnation signifie que Louis Aliot n’a pas été incarcéré immédiatement et reste en poste pendant l’appel.
Cette configuration — condamnation en première instance suivie d’un appel — laisse la situation judiciaire en suspens: l’affaire suit désormais son cours devant la cour d’appel, qui doit réexaminer les éléments et les moyens des parties. En l’état, la peine prononcée en première instance pèse sur l’image politique de l’élu, sans pour autant interrompre son exercice du mandat municipal tant que la décision n’est pas définitive.
Le recrutement contesté d’un assistant
Le dossier pénal porte en grande partie sur l’embauche, au Parlement européen, d’un assistant parlementaire. Selon l’accusation, Louis Aliot a recruté, du 1er juillet 2014 au 28 février 2015, Laurent Salles, militant du Front depuis trente ans alors sans emploi. Le recrutement aurait été facilité par Nicolas Bay, ancien secrétaire général, qui a présenté M. Salles comme un candidat sérieux.
Les circonstances de l’embauche sont au cœur du contentieux. Le candidat n’aurait pas passé d’entretien et, d’après les éléments produits, Laurent Salles ne connaissait Louis Aliot que de vue. Il a appris sa nomination en recevant son contrat par courrier électronique. Ces faits nourrissent les griefs qui ont conduit à la condamnation en première instance.
Devant la cour d’appel de Paris, Louis Aliot a tenté de nuancer son rôle dans la procédure de recrutement. « On en avait parlé dans mon bureau », a faiblement plaidé Louis Aliot, jeudi 22 janvier, devant la cour d’appel de Paris. « Mais on était dans un grand désordre, c’était assez compliqué de suivre le mouvement. » Il a ajouté qu’il avait confié à M. Salles le tri du courrier, au siège du parti, à Nanterre.
Impact politique local et calendrier électoral
Politiquement, la situation est contrastée: Perpignan reste la seule ville de plus de 100 000 habitants gagnée par le Rassemblement national lors des élections municipales de 2020. Louis Aliot, maire de la ville, conserve ce poste malgré la condamnation et l’appel en cours.
Soutenu par des sondages favorables — mentionnés dans le dossier politique mais non reproduits ici — il se dit confiant quant à une réélection prévue en mars. Ce calendrier électoral pèse sur l’équation politique locale: la campagne à venir se déroulera dans un contexte judiciaire où la décision de la cour d’appel pourra intervenir avant ou après le scrutin, selon le calendrier et les voies de recours.
Une affaire aux conséquences incertaines
L’issue de l’appel fera probablement basculer la situation personnelle et politique de Louis Aliot. Si la condamnation était confirmée en appel, les trois ans d’inéligibilité pourraient remettre en cause son maintien au pouvoir; si la peine était réduite ou infirmée, l’élu conserverait un atout politique important pour sa trajectoire.
Pour l’heure, le dossier reste suspendu à la procédure d’appel et aux débats en cours devant la cour d’appel de Paris. Les éléments présentés lors de l’instruction et au procès de première instance — dates, périodes d’emploi, échanges et témoignages — constituent les pièces maîtresses que les magistrats devront apprécier à nouveau.
Sans anticiper la décision à venir, cette affaire illustre la porosité possible entre pratiques partisanes et gestion des emplois parlementaires, et pose la question de la transparence des recrutements. Les déclarations de l’intéressé, ses explications sur le rôle précisément confié à l’assistant et la chronologie des faits seront déterminantes pour la suite de la procédure.





