Un électorat âgé au centre des municipales de 2026
Les élections municipales des 15 et 22 mars 2026 mettent en lumière un élément simple mais déterminant : les électeurs âgés auront un poids décisif. Les plus de 60 ans forment le groupe le plus fidèle aux urnes et, dans un contexte de participation en baisse, leur comportement électoral peut faire basculer des scrutins locaux serrés.
La crise sanitaire de 2020 a déjà modifié temporairement les habitudes de vote. Beaucoup d’électeurs plus âgés, craignant le Covid-19, avaient choisi de s’abstenir lors de ce rendez‑vous électoral, ce qui a contribué à faire apparaître au grand jour la variabilité des comportements selon les classes d’âge.
Un changement de comportement confirmé par l’Insee
Une enquête de l’Institut national de la statistique et des études économiques (Insee), publiée en novembre 2022, montre que, depuis 2017, les Français ont adopté, pour partie, un vote « par intermittence » plutôt que systématique. Autre constat significatif : il y a environ vingt ans, plus de la moitié des Français âgés de 45 à 84 ans votait à chaque élection. En 2022, ce comportement de vote ininterrompu ne concerne plus que les septuagénaires majoritairement.
Cette évolution traduit une fragmentation des pratiques électorales : certains citoyens maintiennent une participation régulière, d’autres la modulent selon l’élection, le contexte sanitaire, ou l’enjeu perçu. Le vieillissement démographique, couplé à une érosion globale de la participation, rend le poids du vote senior d’autant plus sensible.
Ce que disent les acteurs politiques
Pour le sénateur (Les Républicains) du Gard, Laurent Burgoa, coauteur d’un rapport sur l’adaptation des communes et des intercommunalités au vieillissement de la population, cette catégorie d’électeurs manifeste une attention particulière à la vie politique locale. « Ils ont un sens civique électoral plus accentué que les jeunes », observe‑t‑il.
Selon M. Burgoa, les électeurs âgés sont aussi des électeurs exigeants. « Ils lisent la propagande électorale, et ils lisent tout, quand les plus jeunes se contentent de regarder la photo, voire l’étiquette politique », poursuit‑il. Il souligne qu’ils préparent leur vote et qu’il n’est pas rare de les voir arriver au bureau électoral « avec le bulletin plié dans la poche ». Ces remarques rendent compte d’un niveau d’implication et d’attention élevé lors des campagnes locales.
Implications pour les campagnes municipales
Pour les listes et les candidats, cette réalité impose une stratégie ciblée. Dans un scrutin où la mobilisation compte parfois autant que l’adhésion, identifier les thèmes qui mobilisent les électeurs âgés et assurer la présence sur le terrain deviennent essentiels. Les pratiques de communication doivent aussi tenir compte d’une audience qui lit les tracts et les programmes en détail.
La variabilité du vote — le passage au « vote par intermittence » — oblige par ailleurs à ne pas tenir pour acquise la fidélité d’un électorat, même s’il est généralement plus assidu que les plus jeunes. Mobiliser ce public lors des deux dimanches de scrutin, et s’assurer de sa présence au bureau de vote, peut s’avérer déterminant dans de nombreuses communes.
Un enjeu démographique et électoral
Le poids des électeurs âgés s’inscrit à la fois dans une dynamique démographique et dans une réalité comportementale : la montée en nombre des seniors et la baisse générale de la participation. Cette conjonction renforce l’importance de leur voix pour les décisions locales qui touchent les services de proximité, l’urbanisme, la gestion des budgets communaux et les politiques sociales.
Sans prétendre à une liste exhaustive des conséquences, il est clair que les municipalités et intercommunalités prendront en compte ces tendances lors de leurs campagnes et, le cas échéant, dans leurs programmes. Le rapport évoqué par M. Burgoa sur l’adaptation des collectivités au vieillissement souligne l’ampleur des enjeux structurels auxquels sont confrontées les communes.
En définitive, les 15 et 22 mars 2026 seront, pour une large part, façonnés par des électeurs qui lisent, comparent et préparent leur vote. Leur mobilisation — ou leur abstention — restera une clé du scrutin municipal.





