Macron critique la BCE: trop restrictive pour la croissance française ? Débat sur taux, inflation et gouvernance monétaire de la zone euro

Share This Article:

Emmanuel Macron critique à nouveau la politique monétaire de la BCE, la jugeant trop restrictive et responsable d’étouffer la croissance française, et appelle à un « ajustement net » des taux d’intérêt après leur bond de −0,5 % à 4 % entre 2022 et 2023. Des économistes comme Nicolas Goetzmann partagent certaines réserves, estimant que le resserrement a pesé sur la demande tandis que d’autres défendent la nécessité de lutter contre une inflation dépassant 10 % : le débat sur l’équilibre entre stabilité des prix et soutien à la croissance relance les questions sur la gouvernance monétaire de la zone euro.

Emmanuel Macron n’en est pas à sa première critique contre la Banque centrale européenne (BCE). Selon le président de la République, la politique monétaire de l’institution est trop restrictive et les taux d’intérêt trop élevés, au point d’étouffer la croissance française. Début décembre 2025, dans un entretien aux Echos, il a déclaré : « La politique monétaire européenne me paraît pouvoir être ajustée nettement aujourd’hui. »

Rappels et antécédents

Depuis plusieurs années, M. Macron adresse régulièrement des reproches à la BCE. En 2020, au début de la pandémie de Covid‑19, il avait demandé à l’institution d’intervenir plus rapidement pour calmer les marchés. En 2022, il avait déjà alerté sur la rapidité des hausses de taux. En 2024, il a proposé de modifier le mandat de la BCE pour y intégrer la croissance, en plus de l’objectif d’inflation — comparaison qu’il établit avec la Réserve fédérale américaine (Fed).

Ces déclarations s’inscrivent dans un débat politique et économique durable sur l’équilibre entre lutte contre l’inflation et soutien à l’activité. Le président met en avant le coût du crédit pour les entreprises et les ménages et plaide pour un ajustement que, selon lui, la BCE pourrait opérer « nettement ».

Les critiques d’économistes français

Certaines voix économiques françaises rejoignent, sur certains points, la critique présidentielle. Nicolas Goetzmann, chef économiste de la société de gestion La Financière de la Cité, a ainsi publié une tribune au Monde début décembre 2025 dans laquelle il affirme que « l’économie française est soumise à la politique monétaire la plus restrictive du monde occidental. »

M. Goetzmann rappelle que la BCE a relevé ses taux très rapidement entre 2022 et 2023, passant d’un taux inférieur à zéro (−0,5 %) à 4 %. Pour lui, cette trajectoire a pesé sur la demande intérieure française et freiné la reprise. Il estime que la hausse a été excessive et trop peu différenciée selon les situations nationales.

Le contexte des hausses de taux

La décision de relever fortement les taux entre 2022 et 2023 survient dans un contexte précis. Après la réouverture des économies post‑pandémie, et à la suite du choc provoqué par la réduction des livraisons de gaz russe, l’inflation dans la zone euro a grimpé au‑dessus de 10 %. La BCE, craignant une spirale inflationniste, a choisi une politique monétaire dure pour contenir les prix.

Selon les partisans de cette stratégie, un resserrement rapide des taux permet d’ancrer les attentes d’inflation et d’éviter que les hausses de prix ne se généralisent. Les opposants, eux, soulignent que l’origine de la hausse des prix était en grande partie externe — hausse des prix de l’énergie — et que la réponse monétaire, ciblée sur la demande, aurait ainsi pu être inadaptée.

Divergences d’analyse

Nicolas Goetzmann résume cette critique en écrivant que la BCE a « appliqué à la zone euro un traitement conçu pour freiner la demande alors que l’inflation venait de l’énergie importée. » Cette formulation souligne la divergence sur l’origine de l’inflation et sur l’outil le mieux adapté pour y répondre.

Le débat oppose donc deux logiques : celle qui privilégie la crédibilité monétaire et la stabilisation rapide des prix, et celle qui met en garde contre les effets récessifs d’un resserrement trop brutal sur l’activité, l’emploi et l’investissement.

Conséquences et enjeux pour la France

Pour la France, le cœur de la question porte sur l’impact macroéconomique de la politique monétaire européenne : coût du financement, soutien à l’investissement, compétitivité et trajectoire de croissance. Les critiques présidentielles et celles d’économistes comme M. Goetzmann mettent en lumière une tension entre objectifs européens collectifs et besoins nationaux différenciés.

Les propos de M. Macron et les analyses publiées dans la presse économique ont relancé le débat public et politique. Ils posent des questions sur l’architecture de la gouvernance monétaire de la zone euro et sur la capacité de la BCE à prendre en compte des situations nationales hétérogènes sans compromettre son mandat principal.

Aucune solution simple n’émerge des seules interventions publiques citées ici. Les positions recensées s’appuient sur des constats chiffrés — niveaux de taux, inflation supérieure à 10 %, passage de −0,5 % à 4 % — et sur des interprétations différentes de la cause de l’inflation et de la réponse appropriée.

Le débat sur l’articulation entre stabilité des prix et soutien à la croissance devrait donc se poursuivre au sein des institutions européennes et dans l’espace public français, à mesure que les effets macroéconomiques de la période 2022‑2023 deviennent plus clairement évalués.

Parlons Politique

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Subscribe To Our Newsletter

No spam, notifications only about new products, updates.

[contact-form-7 id="b565394" title="Untitled"]

L’actu politique, sans détour

En bref

Parlons Politique décrypte l’actualité française et internationale avec clarté et précision en utilisant l’IA.

Analyses, débats et enquêtes : notre rédaction s’engage à vous offrir une information fiable, accessible à tous et sans détour.

© 2025 Parlons Politique