Dominique Méda : le retaillo-macronisme de Retailleau — « Travail gagnant » masque réformes durcies, emplois précaires et recul des protections sociales

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Avec le slogan «Travail gagnant», Bruno Retailleau prétend rompre avec la politique d’Emmanuel Macron, mais son programme reprend et durcit des réformes depuis 2017 : suppression de critères de pénibilité, baisse relative du chômage portée par l’apprentissage et les microentrepreneurs, et renforcement de l’assurance‑chômage «work first». Le bilan interroge la qualité des emplois créés et l’érosion des protections sociales.

« Travail gagnant » : avec ce slogan, Bruno Retailleau, président des Républicains, a présenté, le 7 janvier, son programme économique, qu’il affirme rompre avec la politique menée par les gouvernements d’Emmanuel Macron depuis près de neuf ans.

À l’analyse, cependant, les propositions de M. Retailleau ressemblent davantage à un durcissement de cette politique qu’à une inflexion. Plusieurs mesures emblématiques mises en œuvre depuis 2017 sont pointées comme n’ayant pas produit les effets attendus, et les critiques soulignent l’absence d’enseignements tirés de ce bilan.

Ordonnances de 2017 et critères de pénibilité

Les ordonnances de 2017, souvent citées comme un tournant structurel, ont notamment supprimé quatre « critères de pénibilité ». Ces critères concernaient des conditions de travail jugées difficiles et, selon le texte d’origine, figuraient parmi les aspects où la France se situait le plus défavorablement face à ses voisins européens.

La suppression de ces critères est présentée par ses partisans comme une simplification du droit du travail. Pour ses détracteurs, elle a signifié une moindre reconnaissance officielle des risques professionnels et une érosion de protections qui visaient à compenser des conditions plus pénibles que dans d’autres pays.

Chômage : baisse relative mais écarts persistants

Sur l’emploi, le bilan est contrasté. Le taux de chômage est passé de 9,5 % au troisième trimestre 2017 à 7,1 % — son point le plus bas — au premier trimestre 2023. Cette amélioration est réelle mais reste inférieure aux performances observées chez certains voisins européens.

En 2023, les taux de chômage cités comme repères étaient de 3,2 % pour l’Allemagne, 3,5 % pour les Pays-Bas et 5,2 % pour le Danemark, tandis que la moyenne de l’Union européenne était de 6,1 %. Ces comparaisons montrent que la France, malgré la baisse du chômage, demeurait éloignée des « meilleurs élèves » européens.

Par ailleurs, la création nette de 2 millions d’emplois, invoquée par l’exécutif, mérite un examen fin. Près de 40 % de ces emplois s’expliqueraient par l’explosion du nombre de contrats d’apprentissage. Ce dispositif, massivement subventionné, pèse lourd sur les finances publiques : le coût évoqué dans le texte d’origine est de 25 milliards d’euros par an. Les critiques pointent des « effets d’aubaine » et s’interrogent sur la durabilité et la qualité de ces emplois.

Une part supplémentaire de la hausse de l’emploi est attribuée à l’essor des microentrepreneurs. Leur nombre a fortement augmenté, mais leurs revenus moyens restent modestes : 670 euros par mois en moyenne, selon les chiffres cités dans le texte source. Ces éléments invitent à distinguer quantité et qualité de l’emploi créé.

« Work first », assurance-chômage et durcissement

La politique qualifiée de « work first » — l’idée qu’un emploi, même de faible qualité, vaut mieux que l’absence d’emploi — a guidé certaines réformes et orientations. Historiquement associée à des recommandations de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), cette logique a aussi inspiré des dispositifs de mise sous condition des aides sociales et de sanctions.

Depuis 2017, les gouvernements successifs ont opéré un durcissement de l’assurance-chômage. Les évaluations mentionnées dans le texte indiquent que ces réformes ont réduit l’accès à l’indemnisation, en particulier pour les personnes en contrats courts, les jeunes et les personnes peu diplômées. Pour les auteurs de l’analyse d’origine, ce résultat contredit l’objectif de sécurisation des parcours professionnels et creuse des vulnérabilités.

Le recours accru aux sanctions à l’égard des demandeurs d’emploi ou des allocataires de minima sociaux est dénoncé par les opposants au durcissement. Ces mesures reposent parfois sur une représentation stigmatisante des bénéficiaires — « paresseux » ou « fraudeurs » pour les promoteurs du tournant — et visent à « inciter » au retour à l’emploi par la pression administrative et financière.

En somme, le programme présenté par M. Retailleau se veut une rupture mais reprend des éléments d’une politique qui, selon le texte d’origine, a produit des résultats mitigés. Entre gains quantitatifs d’emploi et fragilité des parcours, entre simplification réglementaire et moindre protection sociale, le bilan des dernières années alimente un débat sur la nature des réformes à privilégier et sur l’évaluation réelle de leurs effets.

Parlons Politique

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