François Cuillandre s’enfonce dans son fauteuil, un geste qui trahit autant la lassitude que l’agacement, ce mercredi de mi‑janvier. Maire de Brest (Finistère) depuis 2001 et président de l’agglomération, l’élu socialiste âgé de 70 ans se voit interrogé — une nouvelle fois — sur son choix de repartir en campagne. Une question qui, selon lui, l’« ennuie », mais qui structure pourtant le débat politique local depuis l’annonce faite à l’issue de sa quatrième élection en 2020 : il devait alors passer la main à la fin du mandat. Cette intention affichée n’a toutefois pas empêché les observateurs de s’étonner de son éventuel maintien en lice.
Pourquoi rempiler ? Les raisons invoquées
Face à l’étonnement général, François Cuillandre donne une réponse simple et personnelle. « J’ai déjà répondu à cette question… La majorité de mon équipe m’a demandé d’y retourner. Il y a eu des discussions familiales… Et puis, j’en ai envie », confie‑t‑il. Trois arguments se dégagent de sa déclaration : la pression interne du groupe politique qui l’entoure, la concertation au sein de son cercle familial et une motivation personnelle intacte.
Ces éléments, tels que formulés par l’intéressé, expliquent le retournement apparent par rapport à la promesse de transmission annoncée après 2020. Ils renvoient aussi à une dynamique commune aux mandats longs : l’équilibre entre volonté de renouvellement et continuité. Dans son propos, Cuillandre souligne moins une stratégie électorale qu’un choix personnel et collectif, où la demande de son équipe et son propre désir jouent un rôle déterminant.
Le spectacle de la ville comme argument
L’entretien se déroule au quatrième étage de l’hôtel de ville, derrière une baie vitrée qui donne sur l’artère principale et la rade. Le maire montre la vue — un tramway qui dévale la rue, la rade balayée par le vent, des frégates et des tankers dans les ports — et commente : « Quand vous voyez ça, vous mesurez combien cette ville est exceptionnelle et tout le travail qu’il reste à mener. »
Cette image de la ville sert d’argument politique : la beauté et la complexité du territoire justifieraient, selon lui, la poursuite de l’action. Le paysage côtier, l’infrastructure de transport urbain et l’activité portuaire sont mobilisés comme preuves tangibles d’un héritage à préserver et d’un chantier à poursuivre.
La description visuelle renforce également l’aspect émotionnel du mandat. L’évocation de la rade et du tramway n’est pas neutre : elle vise à rappeler les transformations urbaines accomplies et celles qui restent à conduire, sans détailler pour autant les priorités concrètes ou les projets précis qui motiveraient une nouvelle candidature.
Une longévité comparée à d’autres élus
Le cas de François Cuillandre s’inscrit dans une trajectoire comparable à celle d’autres responsables locaux cités dans la conversation : Martine Aubry à Lille ou François Rebsamen à Dijon. La référence à ces figures vise à placer son parcours dans un mouvement d’élus qui cumulent plusieurs mandats et assument une longévité politique importante.
La comparaison souligne un phénomène de la vie publique locale : la difficulté, pour certains élus, de concrétiser une sortie du pouvoir lorsque la demande locale et le sentiment d’utilité restent présents. Elle invite aussi à interroger le rapport entre durée au pouvoir, renouvellement démocratique et transmission des responsabilités, sans que l’entretien ne fournisse d’éléments chiffrés supplémentaires ni d’argumentaire détaillé sur la manière dont ce renouvellement avait été envisagé en 2020.
Questions ouvertes et angles d’observation
Plusieurs interrogations demeurent à l’issue de cet échange : comment la majorité locale et les électeurs accueilleront‑ils ce choix ? Quels projets concrets justifieraient la reconduction d’un mandat ? Et enfin, quelle forme prendra la campagne, si campagne il y a ? Le propos du maire reste centré sur sa motivation personnelle et sur la demande de son équipe, sans entrer dans le détail des programmes ou des oppositions éventuelles.
Sur le plan de l’image, la scène — un maire de 70 ans face à la baie vitrée, contemplant la rade et la ville qu’il dirige depuis 2001 — cristallise la tension entre continuité et renouvellement. Elle illustre aussi la manière dont un territoire sert de support symbolique à une décision politique.
Reste que la question posée par les observateurs, celle du pourquoi rempiler, n’a pas reçu de réponse exhaustive : l’élu a exposé les motifs immédiats qui l’ont poussé à reconsidérer sa succession, mais n’a pas détaillé la feuille de route qui pourrait légitimer ce choix aux yeux des électeurs. Sa décision, telle qu’exprimée, repose sur la demande d’une majorité d’équipe, des échanges familiaux et une envie personnelle, appuyée par la vision de la ville depuis son bureau.





