Sébastien Lecornu, premier ministre loyal mais émancipé : comment il redonne de l’air à Emmanuel Macron après Davos et relance le débat sur les réseaux sociaux

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Le face‑à‑face d’Emmanuel Macron avec Donald Trump à Davos sur le Groenland lui a valu un regain d’attention et une brève « union sacrée » politique. Profitant de cette visibilité, le président cherche à réinvestir des sujets domestiques — notamment un projet visant à interdire l’accès des réseaux sociaux aux moins de 15 ans — mais cet effet d’aubaine reste fragile face aux limites de son influence parlementaire.

« Le sort des hommes politiques, même les plus compétents, dépend des vagues du temps », écrivait en 2010 l’historien et philosophe néerlandais Luuk van Middelaar. Cette observation sert de cadre pour analyser le regain d’attention dont bénéficie, depuis le 20 janvier, Emmanuel Macron.

Une brève « union sacrée » autour d’une confrontation internationale

Alors que sa popularité avait semblé s’éroder depuis le cinglant désaveu des élections législatives de 2024, le président de la République s’est trouvé, temporairement, au centre d’une éphémère « union sacrée ». De Jean‑Luc Mélenchon à Jordan Bardella, des voix issues de l’extrême gauche à l’extrême droite ont salué, ou du moins reconnu, sa tenue face à Donald Trump lors d’un échange à Davos au sujet du Groenland.

Cette recomposition d’alliances, même passagère, rappelle que des événements internationaux majeurs — la pandémie de Covid‑19 (2020–2021) ou le déclenchement de la guerre en Ukraine (2022) — ont déjà offert au « président des crises » l’occasion de retrouver une audience étendue. Les velléités expansionnistes attribuées au président américain représentent aujourd’hui un de ces moments propices pour Macron.

Stratégie entre affaires étrangères et enjeu intérieur

Confiné jusqu’ici à ce que la tradition républicaine qualifie de « domaine réservé » — affaires étrangères et défense — Emmanuel Macron cherche désormais à se réinscrire sur des sujets plus directement liés au quotidien des Français. Sans disposer d’une majorité parlementaire pleine sur les affaires intérieures, il conduit toutefois des initiatives visant à marquer sa présence sur des dossiers sociétaux.

Parmi ces initiatives figure un texte législatif visant à interdire l’accès des réseaux sociaux aux moins de 15 ans, texte actuellement débattu au Parlement. Depuis son bureau, le chef de l’État a exercé des pressions pour accélérer l’examen du projet : dans une vidéo publiée dimanche, il a demandé au gouvernement de « d’engager la procédure accélérée pour que ça puisse aller le plus vite possible ». Le Premier ministre, Sébastien Lecornu, a obtempéré.

Ce mouvement illustre une double logique : d’une part, utiliser une visibilité internationale retrouvée pour améliorer l’image présidentielle ; d’autre part, tenter de laisser une empreinte politique sur des sujets de société qui touchent directement les électeurs.

Les limites d’un redressement d’image

Si les épisodes extérieurs peuvent offrir des fenêtres de popularité, ils restent par nature souvent temporaires. L’expression « union sacrée » souligne la portée ponctuelle de ce ralliement d’opinions hétérogènes. Restaurer une crédibilité durable sur la scène intérieure suppose davantage : un agenda législatif capable de produire des résultats tangibles et une relation renouvelée avec les responsables politiques et électeurs.

Une telle stratégie présente des risques. S’approprier des dossiers sociaux malgré une main limitée sur les rouages législatifs expose le président à des critiques sur le fond et la forme de son intervention. De plus, le contraste entre une image de chef d’État actif à l’international et une capacité réduite à peser durablement sur l’agenda intérieur peut nourrir un sentiment d’écart avec les préoccupations quotidiennes des Français.

Pour l’instant, la dynamique provoquée par l’incident de Davos et la mobilisation parlementaire autour du contrôle des réseaux sociaux offrent à Emmanuel Macron une respiration politique. Reste à savoir si cet effet d’aubaine se transformera en ancrage pérenne ou restera un sursaut éphémère face aux « vagues du temps » évoquées par van Middelaar.

La période suivante, marquée par l’examen parlementaire du texte et par la gestion des retombées politiques de la confrontation internationale, devrait en dire plus sur la portée réelle de ce regain d’attention.

Parlons Politique

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