Tee-shirts, remixes électro ou jazzy et des milliers de parodies : rarement un extrait de discours au Forum économique mondial de Davos (Suisse) aura connu une telle viralité. Deux mots en anglais, prononcés par Emmanuel Macron lors d’un discours le mardi 20 janvier, ont déclenché une vague de moqueries et de détournements.
La phrase qui a fait le buzz
Dans son intervention en anglais, le président a reconnu que l’Europe « sometimes is too slow, for sure » — traduit par « est parfois trop lente, c’est sûr ». L’accent qu’il met sur les deux derniers mots, « for sure », a été jugé par certains exagéré, voire ridicule, et repris en boucle sur les réseaux.
Le message a été amplifié par des variations humoristiques : on a vu circuler sur X des détournements écrits, audio et visuels. Le compte French Response, identifié comme un compte du ministère des Affaires étrangères mais volontairement satirique, a notamment publié une reprise ironique : « For shur ». Ces publications ont nourri l’écosystème des parodies et contribué à la diffusion au-delà du cercle politique.
Pourquoi ce genre d’incident devient viral
Plusieurs facteurs expliquent qu’une simple tournure prononcée maladroitement atteigne rapidement une large audience. D’abord, la combinaison d’un événement politique de haute visibilité et d’un élément facilement isolable — un mot, une intonation — facilite la transformation en mème. Les formats courts et remixables des réseaux sociaux accélèrent ensuite la propagation.
Ensuite, il existe un imaginaire collectif autour de l’« anglais à la française » : internement, autodérision et fierté culturelle se mélangent. En France, l’accent et les hésitations d’un dirigeant dans une langue étrangère sont souvent perçus avec une pointe d’amusement. À l’étranger, ce même défaut peut être interprété comme une forme de « French chic » ou comme un trait culturel distinctif, selon les publics.
Enfin, la satire institutionnelle et les comptes officiels ou para‑officiels qui jouent le jeu renforcent l’effet. La reprise par un compte rattaché au ministère des Affaires étrangères, même présenté comme satirique, confère une visibilité supplémentaire et invite au partage consensuel, entre moquerie et complicité.
Un précédent célèbre : la sortie d’incompréhension de Jacques Chirac
Ce phénomène n’est pas nouveau. En 1996, à Jérusalem, des mots prononcés dans un anglais hésitant par Jacques Chirac avaient déjà suscité une large attention internationale. S’adressant à des officiers de sécurité qui l’empêchaient d’approcher des manifestants palestiniens, il avait déclaré : « What do you want? Me to go back to my plane and go back to France, is that what you want? (…) This is provocation! » Ces phrases, jugées maladroites mais fortes, sont devenues un symbole et ont largement circulé dans les médias mondiaux.
La comparaison montre que la viralité autour de l’intonation ou d’un manque de maîtrise d’une langue étrangère peut dépasser le simple gag et s’inscrire dans un registre politique. Selon le contexte, ces phrases peuvent être perçues comme des bouffées d’émotion authentique, des maladresses diplomatiques ou des moments de communication politique révélateurs.
La leçon commune à ces deux épisodes est que la viralité transforme souvent un instantanée en symbole. Un mot isolé, répété et remixé, finit par porter une signification qui dépasse son contenu originel.
À Davos comme ailleurs, les dirigeants savent désormais que la portée d’un mot prononcé n’est plus seulement orale : elle est immédiatement visuelle, sonore et partagée. Les enjeux de communication internationale incluent donc la gestion des formats courts et la compréhension des codes numériques, autant que la précision du message politique.





