Les conseillers de Paris écologistes Jérôme Gleizes et Émile Meunier ont annoncé, jeudi 29 janvier, qu’ils rejoignaient la liste de Sophia Chikirou, candidate de La France insoumise (LFI) pour la mairie de Paris. Ce choix marque leur rupture avec la ligne nationale du parti écologiste, qui avait opté pour un rapprochement dès le premier tour avec les socialistes.
Rupture et désaccords sur la ligne municipale
Émile Meunier, conseiller du 18e arrondissement, a expliqué à l’Agence France-Presse (AFP) que ses désaccords portaient sur plusieurs sujets urbains et environnementaux. « On est rentrés très souvent en conflit avec la politique sociale-démocrate menée à Paris, que ce soit sur les questions d’urbanisme, sur les questions de la place de la publicité, ce qu’on appelle la ‘LVMHisation’ », a-t-il déclaré.
Au moment du vote interne, Meunier avait voté contre le ralliement des écologistes à une union de la gauche hors LFI conduite par le socialiste Emmanuel Grégoire. Cette divergence illustre le clivage entre une ligne d’alliance stratégique et des écologistes locaux qui rejettent ce choix.
Un accord formel avec LFI et des garanties pour les écologistes
Selon les informations communiquées, 20 % des places éligibles sur la liste de LFI pour la mairie centrale et les mairies d’arrondissement seront réservées à des candidats écologistes regroupés au sein du collectif des « Verts populaires ». Sophia Chikirou a précisé : « On a passé beaucoup de temps à travailler sur le programme. »
Parmi les propositions issues de ce travail figurent des mesures explicitement écologiques. Le programme prévoit notamment de faire évoluer le boulevard périphérique parisien « vers un boulevard urbain » et d’arrêter toute nouvelle artificialisation des sols, résumé par la formule « ne plus artificialiser un seul mètre carré ». Ces éléments figurent parmi les engagements présentés comme des apports des écologistes à la plateforme de LFI.
Les deux élus parisiens ont indiqué être « plusieurs dizaines » à se préparer à franchir le pas à Paris, mais n’ont pas fourni de liste exhaustive. Ils figurent parmi les quelque 400 signataires d’une tribune publiée lundi dans Mediapart qui critique la stratégie d’alliance choisie par la direction nationale des Ecologistes.
Critiques de la stratégie d’alliance et enjeux nationaux
Les signataires de la tribune affirment refuser d’être « la béquille d’une social-démocratie qui entend exclure La France insoumise et choisit de tourner le dos au programme comme à la logique unitaire du Nouveau Front populaire ». Ce discours plaide pour une logique d’alliance différente de celle retenue à Paris, et rejoint des tensions déjà apparues lors d’accords locaux ailleurs en France.
Sophia Chikirou a commenté le contexte en rappelant que « l’élection municipale n’est pas déconnectée des enjeux nationaux ». Elle critique par ailleurs Emmanuel Grégoire pour des votes qu’elle juge inconsistants avec une ligne de gauche, en particulier l’adoption du budget 2026 aux côtés des députés macronistes. Sur la plateforme X, elle a reproché à Grégoire une politique qu’elle résume ainsi : « brutalisation du Parlement, austérité, coupes dans la santé, la culture, l’écologie, le social. »
Mobilisation et cible électorale
Sophia Chikirou, qui doit tenir son premier grand meeting vendredi, a annoncé vouloir lancer dès le week-end un travail de terrain pour « aller chercher les abstentionnistes », en visant en priorité les jeunes et les habitants des quartiers populaires. Elle a chiffré son objectif en renvoyant aux électeurs de la présidentielle : « Notre objectif, c’est d’aller chercher les 30 % d’électeurs qui ont voté Mélenchon en 2022 parce que s’ils ont adhéré au projet Avenir en commun, c’est qu’ils adhèrent au projet Nouveau Paris populaire. »
La stratégie de la candidate combine donc des garanties programmiques pour les écologistes et un effort de reconquête des électeurs de la gauche radicale et des abstentionnistes. Reste à mesurer l’impact de ce basculement sur la recomposition des listes locales et sur l’équilibre des forces entre LFI, les socialistes et les écologistes dans les arrondissements.
Sur le terrain, la dynamique dépendra à la fois de la capacité de la nouvelle coalition à convaincre des électeurs mobilisables et de la réaction des instances nationales des partis concernés. Les prochaines semaines devraient permettre de clarifier si d’autres élus municipaux adoptront une démarche similaire à celle annoncée jeudi 29 janvier.





