À l’Institut La Boétie, à Paris, Jean‑Luc Mélenchon a ouvert, samedi 24 janvier, un colloque intitulé « Le néolibéralisme est‑il compatible avec les petites entreprises ? ». Le décor était celui du think tank maison de La France insoumise (LFI), et le ton, volontairement pédagogique et offensif, visait à déconstruire une image longtemps associée au mouvement.
Un message de réassurance aux acteurs de proximité
Face à une partie du monde patronal, le leader de LFI a cherché à rassurer. « Me voici trotsko‑poujadiste parce que je vous rencontre », a‑t‑il plaisanté, détendant l’atmosphère avant d’exposer les lignes de force de son propos. Mélenchon a souligné que son mouvement ne vise pas à s’en prendre aux petites structures et a précisé qu’il n’a pas l’intention « de nationaliser les coiffeurs, les restaurants, les maçons ».
Le colloque visait précisément à interroger la compatibilité supposée entre néolibéralisme et petites entreprises. Pour LFI, cette question est en grande partie rhétorique, le mouvement proposant, dans son programme L’Avenir en commun, de « rompre avec le capitalisme ». Lors de l’intervention, Mélenchon a cependant distingué clairement deux catégories de chefs d’entreprise : d’un côté, les grandes multinationales et les acteurs du CAC 40 ; de l’autre, les PME et les TPE.
Une salle choisie, des invités triés
La configuration de l’événement traduisait cette distinction. Étaient conviées des organisations représentant principalement les petites et moyennes structures : la Confédération des petites et moyennes entreprises (CPME), la Confédération nationale de l’artisanat des métiers et des services, la Confédération de l’artisanat et des petites entreprises du bâtiment (Capeb) et l’Union des entreprises de proximité (U2P). Le Medef, considéré par LFI comme l’incarnation du « grand capital », n’avait pas été invité.
Ce choix d’interlocuteurs ne relève pas uniquement d’un calcul symbolique. Il illustre une stratégie politique qui consiste à séparer les intérêts des petites entreprises de ceux des grandes firmes, afin de montrer que les propositions de LFI peuvent répondre aux besoins des acteurs locaux sans pour autant défendre les logiques des groupes cotés en bourse.
Vers une présidentialisation assumée
À quinze mois de l’élection de 2027, Jean‑Luc Mélenchon apparaît officieusement en piste pour une quatrième candidature. Sa présence à La Boétie et la tonalité de son intervention s’inscrivent dans une démarche de présidentialisation : il a voulu démontrer que les « insoumis » « se préparent à gouverner » et qu’ils sont capables de dialoguer avec le monde économique, du moins celui des structures de proximité.
La stratégie vise à élargir l’audience du mouvement et à atténuer l’image d’un parti uniquement conflictuel envers le patronat. En distinguant PME/TPE et grandes entreprises, Mélenchon tente de mettre en avant une offre politique susceptible de séduire des acteurs économiques locaux, parfois réticents aux propositions plus radicales portées par LFI.
Éléments de discours et limites
Le discours de Mélenchon a combiné ancrage idéologique et prudence tactique. S’il a rappelé l’objectif de « rompre avec le capitalisme », il a aussi multiplié les précisions visant à ne pas aliéner les petits entrepreneurs. Cette double posture — ferme sur le diagnostic structurel, conciliante sur les conséquences pratiques pour les artisans et commerçants — constitue le fil conducteur de l’intervention.
Reste que l’exercice présente des limites. Inviter principalement des fédérations de petites entreprises permet de contrôler le cadre du débat, mais n’éclaire pas entièrement la manière dont, en cas de gouvernement, les mesures proposées par LFI se traduiraient concrètement pour ces mêmes acteurs. La distinction entre « bons » et « mauvais » patrons, telle qu’esquissée par le leader, simplifie une réalité économique souvent plus nuancée.
En ciblant les PME et TPE, Mélenchon affiche une volonté d’élargir son électorat et de réduire la fracture entre ses objectifs programmatiques et les attentes des acteurs locaux. Le choix des invités, le ton et les formules marquantes de la matinée illustrent une stratégie de communication pensée pour présenter LFI comme une force prête à gouverner, tout en ménageant des interlocuteurs perçus comme essentiels à la vie économique de proximité.





