Matignon dit ne pas retenir la proposition du Medef
La suggestion du Mouvement des entreprises de France (Medef) visant à créer un contrat à durée indéterminée (CDI) pouvant être rompu plus facilement afin de lutter contre le chômage des jeunes « n’est pas à l’ordre du jour » des travaux du gouvernement, a appris l’Agence France-Presse (AFP) auprès de Matignon, lundi 2 février.
La source de Matignon a ajouté que « la priorité du premier ministre est que les négociations des partenaires sociaux en cours sur les ruptures conventionnelles se terminent ». « L’urgence est de faire atterrir les négociations », a-t-elle précisé, soulignant que ce dossier doit d’abord suivre le calendrier fixé par l’exécutif et les partenaires sociaux.
Ce que propose le Medef — et les documents à l’appui
Selon des documents remis mercredi aux organisations syndicales, lors d’une réunion entre patronat et syndicats, le Medef a formulé l’idée d’un CDI « pouvant être rompu sans motif pendant les premières années », assorti d’« une indemnisation croissante en lien avec l’ancienneté du salarié en cas de rupture ». Ces termes figurent dans le compte rendu transmis aux participants, selon l’AFP.
Le texte précise une logique d’indemnisation liée à l’ancienneté, sans pour autant détailler dans les documents consultés par l’agence le barème ou la durée exacte de cette période initiale sans motif. Le Medef a, pour sa part, expliqué à l’AFP qu’il s’agissait pour l’heure de « nourrir le débat » sur la situation des jeunes qui ne sont ni en emploi, ni en études, ni en formation.
Réactions syndicales et comparaison au CPE
La proposition patronale a suscité des réactions vives. La CGT et le syndicat étudiant UNEF ont exprimé leur mécontentement, la seconde évoquant la menace d’une « mobilisation massive » si cette demande était poursuivie. Dans un communiqué publié samedi, la CGT a également rappelé la mémoire du contrat de première embauche (CPE), introduit en 2006, et a jugé que le Medef « ose remettre le couvert ».
La CGT a ajouté que la proposition patronale « réussit à faire pire que le CPE, qui avait deux ans de période d’essai ». Le parallèle avec le CPE ressort donc nettement dans la communication syndicale : ce contrat, créé en 2006 sous le gouvernement de Dominique de Villepin, avait provoqué une mobilisation importante et avait finalement été abandonné avant son entrée en vigueur. La CGT note que la présente année marque « les vingt ans de la victoire contre le CPE ».
Cadre des négociations en cours
Parallèlement à ces échanges, syndicats et patronat ont entamé en janvier une négociation, à la demande du gouvernement, pour dégager 400 millions d’euros d’économies sur l’indemnisation des salariés ayant conclu une rupture conventionnelle. Cette négociation a pour objectif d’aboutir d’ici la fin février, selon les informations diffusées par Matignon et relayées par l’AFP.
Le Medef n’est pas non plus partie prenante à la conférence « Travail emploi retraites » lancée par le gouvernement. Cette conférence, qui a commencé récemment, s’est fixé un programme de travail jusqu’au mois de juin. L’exécutif a indiqué vouloir en tirer non pas un accord contraignant, mais des « points de convergence » entre les participants.
Sur chacun de ces volets, l’exécutif met en avant la priorité de laisser aboutir les discussions interprofessionnelles déjà engagées. Matignon a marqué sa volonté de ne pas inscrire immédiatement la proposition patronale relative au nouveau CDI à l’agenda officiel des réformes, en attendant l’issue des rencontres en cours.
Les éléments rapportés ici sont tirés des documents communiqués aux organisations syndicales et des déclarations obtenues par l’Agence France-Presse (AFP). Lorsque des citations sont reproduites, elles le sont telles que rapportées par les sources consultées par l’agence.





