Une affaire transatlantique aux répercussions européennes
L’affaire Jeffrey Epstein, déjà source de secousses profondes dans la vie politique américaine, produit désormais des effets notables en Europe. Au Royaume‑Uni, des révélations concernant Peter Mandelson, ancien ministre travailliste, ont mis en lumière des échanges datés de 2010 avec Jeffrey Epstein — alors déjà engagé dans des procédures pour « incitation à la prostitution de mineures » — et ont exposé des liens d’ordre privé et financier qui fragilisent le Premier ministre Keir Starmer et offrent des opportunités politiques à l’extrême droite. M. Mandelson, nommé ambassadeur aux États‑Unis par M. Starmer, a démissionné en septembre.
Des mises en cause de personnalités en Norvège sont également évoquées dans les documents, montrant l’extension européenne du dossier et la capacité de ces révélations à ébranler des milieux politiques et médiatiques hors des États‑Unis.
Les documents rendus publics et la mise en cause de Jack Lang
La publication, « le 30 janvier », d’une masse de documents issus de procédures judiciaires américaines a révélé des liens amicaux et financiers entre Jeffrey Epstein et plusieurs personnalités européennes. Parmi elles figure Jack Lang, 86 ans, président de l’Institut du monde arabe (IMA). Les archives contiennent 673 occurrences du nom de l’ancien ministre de la Culture de François Mitterrand.
Selon ces échanges, Epstein aurait rendu à M. Lang des « coups de main » divers : financement d’un film présenté comme laudateur, prêt d’un avion personnel pour un déplacement à Marrakech, mise à disposition d’une voiture pour un trajet Paris‑Chantilly, invitations à des réceptions publiques et privées, intermédiation pour des contacts en France et pour la vente d’un riad. Les courriels publiés décrivent une proximité renouvelée et un ensemble de services, financiers ou « amicaux », fournis malgré le passé judiciaire d’Epstein.
Les occurrences relevées dans les documents n’impliquent pas formellement M. Lang dans les crimes commis par Epstein. Le texte source précise qu’aucune des 673 occurrences ne le relie directement aux trafics dénoncés. Néanmoins, la répétition et la nature des échanges interrogent la persistance de relations étroites, y compris après la condamnation d’Epstein en 2008 pour incitation à la prostitution de mineures.
Conséquences judiciaires et enjeux institutionnels
Sur le plan judiciaire, le Parquet national financier a annoncé, vendredi 6 février, l’ouverture d’une enquête visant Jack Lang et sa fille Caroline, pour « blanchiment de fraude fiscale aggravée ». Caroline Lang a immédiatement démissionné de ses fonctions professionnelles, selon le compte rendu des faits.
Si M. Lang n’occupe plus de rôle central dans la vie politique française, il dirige depuis plus de douze ans l’IMA, une institution diplomatique et culturelle largement financée par l’État. Le maintien à la tête de cet établissement — reconnu d’utilité publique — soulève une question moins juridique qu’éthique et d’image : une personnalité nommée par le président de la République peut‑elle conserver la présidence d’une fondation représentative de l’État après la révélation de liens de grande proximité avec un homme condamné pour trafic sexuel ?
Les dirigeants du Parti socialiste, ancienne famille politique de M. Lang, ont appelé publiquement à son départ. La convocation de Jack Lang au ministère des Affaires étrangères, dimanche 8 février, à la demande conjointe de la présidence de la République et du Premier ministre, montre l’ampleur du signal diplomatique et politique souhaité par l’exécutif.
Risques politiques et réputation internationale
Les enjeux dépassent la personne : ils touchent à la réputation internationale de la France et à la perception d’une possible complaisance envers des pratiques personnelles et financières jugées accablantes. Les auteurs de la critique évoquent la « toxicité politique » de la moindre complaisance, pointant le risque d’un bénéfice électoral pour les extrémismes lorsqu’une classe dirigeante semble ménager des acteurs impliqués dans des trafics humains et sexuels.
Les éléments publiés jusqu’à présent se concentrent sur des échanges et des services rendus par Epstein. Ils posent des questions de nature morale, institutionnelle et politique, tout en restant, selon les documents cités, distincts des infractions commises par le détenu américain, décédé en prison en 2019.
À ce stade, les autorités françaises ont enclenché des procédures et laissent désormais la justice et les instances administratives examiner la portée des faits révélés. Les prochains éléments d’enquête et les décisions des responsables politiques détermineront la suite pour l’IMA et pour les personnes mises en cause.





