Sébastien Lecornu a dressé un bilan de ses cinq mois à la tête du gouvernement dans un entretien accordé à la presse quotidienne régionale, publié samedi 7 février 2026, soit cinq jours après l’adoption du budget. Il a rappelé qu’« il y a trois mois, tout le monde s’attendait à ce que le gouvernement tombe », et a interprété le vote récent comme la preuve d’un esprit de compromis : « Il existe bien une majorité pour voter des textes de compromis. Le vote du budget de la Sécurité sociale l’a montré. »
Débats parlementaires et recours au 49.3
Le chef du gouvernement a critiqué le rôle du Sénat et de l’opposition à l’Assemblée nationale. Il a estimé qu’une « majorité de droite [au Sénat qui] aurait pu faire preuve de davantage de sens collectif ». À l’Assemblée, il a dénoncé le positionnement conjoint de La France insoumise et du Rassemblement national qui, selon lui, « ont choisi de s’opposer ensemble au fonctionnement même du Parlement, et donc [aux] institutions ».
Interrogé sur l’usage du 49.3 — un engagement qu’il avait pourtant pris de n’utiliser « pas » lors de sa prise de fonction — M. Lecornu a reconnu l’avoir employé « à regret (…) . Mais [il a] considéré qu’un entêtement personnel aurait privé la France d’un budget. Ce choix n’était pas confortable, mais il était devenu indispensable ». Il a présenté cet acte comme une décision contrainte par l’urgence budgétaire plutôt que comme une option politique souhaitée.
Programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE) : décret et priorités
Sur le dossier énergétique, M. Lecornu a annoncé que le décret de publication de la feuille de route énergétique sur dix ans serait signé « en fin de semaine prochaine ». Il a qualifié l’énergie « d’un des dossiers les plus urgents » et justifié le recours au décret « en raison de l’urgence » après des débats qu’il juge « largement [tenus] ».
Attendue depuis deux ans et demi, la PPE visant la période jusqu’en 2035 se présente comme un compromis après des divisions sur la part à accorder au nucléaire et aux renouvelables. Le gouvernement prévoit un ralentissement de l’éolien terrestre et du solaire, motif invoqué : l’électrification de l’économie progresse moins vite que prévu. Six réacteurs EPR « seront inscrits dans la PPE et huit supplémentaires en option », a confirmé le Premier ministre, rappelant l’engagement pris par Emmanuel Macron à Belfort en 2022.
Parallèlement, l’exécutif affirme qu’il investira dans « l’éolien en mer, le photovoltaïque, la géothermie » et l’éolien terrestre. Concernant ce dernier, M. Lecornu a indiqué que la priorité sera donnée à la remotorisation des parcs existants avec des turbines plus puissantes pour limiter le mitage des paysages, compte tenu des conflits locaux parfois suscités. Il a par ailleurs assuré que le prix de l’électricité « n’augmentera pas en France », grâce à une « stratégie ambitieuse d’offre ».
Remaniement attendu et calendrier municipal
Le Premier ministre a annoncé un remaniement « avant la période de réserve liée aux élections municipales, soit le 22 février 2026 ». Il a précisé qu’il s’agirait d’un « ajustement », soulignant que les Français et les administrations « veulent surtout de la stabilité ». Rachida Dati, ministre de la Culture et candidate à Paris, a annoncé son départ du gouvernement. Deux autres membres sont en tête de liste pour des municipales : Marina Ferrari, ministre des Sports, à Aix-les-Bains, et Michel Fournier, ministre délégué à la ruralité, aux Voivres (Vosges).
Le Premier ministre a confirmé être candidat à Vernon (Eure), en troisième position sur la liste de la municipalité sortante, comme en 2014 et 2020.
Social, migrations et modernisation administrative
Sur l’aide médicale d’État (AME), qu’il a défendue comme « un dispositif absolument indispensable d’un point de vue sanitaire », M. Lecornu a annoncé la parution de deux décrets au Journal officiel le dimanche 8 février 2026. Le premier décret renforce la lutte contre la fraude, avec des perspectives d’économies de 180 millions d’euros. Le second modernise les systèmes informatiques de l’État afin que tous les fonctionnaires en charge du dossier puissent y avoir accès. Une éventuelle modification du panier de soins de l’AME est envisagée, mais « à ce stade, les choses ne sont pas prêtes ».
Sur l’immigration, le gouvernement travaille « repartant de la liste des 24 pays principaux en matière de flux migratoires » à une stratégie pays par pays concernant visas, reconduites et laissez‑passer consulaires. Une demande a été faite aux ministres compétents pour développer une application d’intelligence artificielle destinée à faciliter le traitement des demandes de visas. Cinq préfectures seront pilotes en 2026, notamment en Île‑de‑France et dans les Hauts‑de‑France, avec une généralisation prévue pour 2027.
Défense et décentralisation
Sur le plan militaire, la mise à jour de la loi de programmation militaire (LPM) doit être déposée à l’Assemblée nationale en avril 2026 pour être adoptée avant le discours aux armées du président de la République, prévu le 13 juillet 2026. Le projet de budget 2026 prévoit 57,2 milliards d’euros pour les armées (+13 %), dont 3,5 milliards de « surmarche » non prévus par la LPM actuelle. Le président avait en outre souhaité une surmarche additionnelle de 3 milliards d’euros pour 2027.
Enfin, le projet de décentralisation, initialement conçu comme un unique texte pour décembre 2025, sera finalement décomposé en plusieurs lois. Le premier texte, axé sur la vie des collectivités locales et une cinquantaine de mesures de simplification, doit être présenté « avant les municipales ». Les autres volets traiteront de la réforme de l’État, de la décentralisation et de la simplification de la métropole du Grand Paris après consultation des acteurs concernés.





