Dans Inventaire des peurs françaises (Odile Jacob, 256 pages, 22,90 euros), les politologues Anne Muxel et Pascal Perrineau proposent une photographie des inquiétudes qui traversent la société française. Leur étude, fondée sur un échantillon représentatif de plus de 3 000 personnes, met en lumière des peurs à la fois individuelles et collectives, moins régulées qu’autrefois et porteuses de répercussions politiques mesurables.
Méthodologie et objet de l’enquête
Les auteurs présentent leur ouvrage comme le fruit d’une « enquête inédite » réalisée auprès d’un échantillon représentatif de plus de 3 000 personnes. Le format du livre (256 pages) vise à donner un aperçu synthétique et documenté des résultats, tout en prolongeant les travaux antérieurs menés pendant la crise sanitaire.
Sans détailler ici les protocoles statistiques, l’expression « représentatif » renvoie classiquement à un échantillonnage visant à refléter la diversité de la population étudiée. Cette ampleur d’échantillon permet aux auteurs d’identifier des tendances générales et des variations selon les âges, les territoires ou les catégories sociales, telles qu’elles ressortent du texte.
Peurs individuelles et sentiment d’incertitude
Anne Muxel et Pascal Perrineau partent d’un constat partagé : la difficulté croissante à se projeter dans l’avenir. Ils évoquent un « temps d’incertitude de plus en plus marqué », qui pèse sur les trajectoires personnelles et professionnelles.
Les auteurs soulignent que ces peurs sont à la fois nombreuses et intenses chez les jeunes générations. Cette intensité se manifeste selon eux par une moindre capacité à envisager des plans à long terme, et par des attentes et inquiétudes différentes de celles des générations précédentes.
Liens avec la crise sanitaire et l’émotion collective
Le livre prolonge un travail mené « dans la foulée » d’une étude sur la crise sanitaire. Les auteurs expliquent avoir voulu explorer les « affects et les émotions ayant saisi les Français » durant cette période, puis élargir ce prisme aux peurs qui structurent aujourd’hui la société.
Ce lien entre crise sanitaire et climat émotionnel sert de toile de fond. Les auteurs estiment que l’expérience collective de la pandémie a contribué à modifier la manière dont les individus ressentent le risque et l’avenir, sans toutefois prétendre, dans le passage cité, établir une relation causale unique et exclusive.
Conséquences politiques et instrumentalisations
Un des enseignements avancés dans l’extrait porte sur l’impact politique des peurs. Selon les auteurs, ce ressenti profond « impacte les visions du monde » et se prête à des usages politiques, notamment par des mouvements et discours qualifiés de populistes.
Ils insistent sur le fait que les peurs moins régulées peuvent être davantage exploitées par des acteurs politiques qui instrumentalisent l’émotion au service de récits mobilisateurs. Le livre se propose donc d’analyser non seulement la nature des peurs, mais aussi leurs traductions dans l’espace public et électoral.
Approche analytique et tonalité
Les auteurs revendiquent une approche attentive aux « passions tristes » qui taraudent les individus. Cette expression apparaît comme une clé d’analyse : elle désigne des affects durables, souvent diffus, qui pèsent sur le jugement et l’action civique.
Le propos du livre, tel qu’il transparaît dans l’extrait, est avant tout interprétatif et descriptif. Les politologues cherchent à proposer un « décryptage de la société française » à l’aune du sentiment d’insécurité et d’incertitude, plutôt qu’à formuler des prescriptions politiques immédiates.
Ce que dit l’extrait et ce qu’il laisse ouvert
L’extrait fourni restitue l’objectif et le contexte du travail : mesurer et analyser des peurs qui ont, selon les auteurs, gagné en visibilité et en intensité. Il donne des éléments chiffrés essentiels (3 000 répondants, 256 pages, prix de vente) et situe l’enquête dans la continuité d’études menées pendant la pandémie.
Cependant, plusieurs questions restent ouvertes dans ce bref passage : quelles peurs précises dominent l’échantillon ? Quelles variations selon l’âge, le sexe, le niveau d’études ou le territoire ? Quels exemples concrets d’instrumentalisation politique sont identifiés ? Ces points semblent traités dans le livre, mais ne figurent pas dans l’extrait soumis.
Au final, Inventaire des peurs françaises se présente comme un chantier analytique visant à rendre compte d’une émotion sociale persistante. En s’appuyant sur un large échantillon, Anne Muxel et Pascal Perrineau proposent une lecture des tensions contemporaines entre incertitude individuelle et enjeux collectifs, tout en soulignant la place centrale de ces peurs dans le paysage politique actuel.





