Bataille culturelle : comment l’extrême droite tisse une hégémonie via médias, librairies et réseaux pour normaliser le wokisme et le grand remplacement

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La « bataille culturelle » — investissant librairies, médias et réseaux sociaux — désigne une stratégie d’hégémonie par laquelle l’extrême droite cherche à légitimer des notions comme « wokisme » ou « grand remplacement ». À la lumière de la grille gramscienne et d’un ancrage historique remontant aux années 1960, l’article montre comment ces opérations déplacent le débat public, tout en rappelant que gains culturels et succès électoraux (Rassemblement national) ne sont pas automatiquement corrélés.

La formule est devenue familière : la « bataille culturelle » serait désormais l’apanage de l’extrême droite. Cette représentation relie des mots-clés contemporains — « wokisme », « grand remplacement » — à une stratégie qui viserait à imposer un vocabulaire et des cadres d’interprétation dans l’espace public. On cite les librairies, les ondes de certaines radios et télévisions de la « sphère Bolloré » et les réseaux sociaux comme terrains d’affrontement. À un peu plus d’un an de l’élection présidentielle, ce récit alimente l’idée que des « victoires » sur le plan culturel précéderaient des succès politiques, et rendrait l’avènement du Rassemblement national (RN) inéluctable.

Des mots comme champs de bataille

Le débat porte avant tout sur la légitimation de catégories interprétatives. En donnant de la visibilité à des notions comme « wokisme » ou au concept de « grand remplacement », des acteurs politiques et médiatiques cherchent à déplacer le centre du débat public vers des questions identitaires et culturelles. La librairie devient ainsi plus qu’un lieu de vente : elle sert d’indicateur des tendances intellectuelles. De même, les radios, certaines chaînes et les plateformes numériques jouent un rôle amplificateur, en favorisant la diffusion de récits qui structurent les perceptions et les priorités du public.

Présenter ces opérations comme une « bataille » implique une vision stratégique : il ne s’agit pas seulement d’échanger des idées, mais de gagner des acceptations culturelles susceptibles de transformer l’opinion. L’argument sous-jacent, souvent explicité par des commentateurs, est que la conquête du sens précède la conquête des urnes.

Gramsci, l’hégémonie culturelle et l’inspiration revendiquée

L’analyse fait souvent appel à Antonio Gramsci (1891-1937). Le texte d’origine rappelle qu’il s’agit d’un penseur communiste mort après une décennie dans les geôles fascistes. Sa notion d’« hégémonie » — entendue comme la capacité d’un bloc social à imposer ses valeurs et ses cadres de pensée — sert de grille de lecture. Appliquée au contexte actuel, cette grille décrit une tactique consistant à investir les institutions de production culturelle pour normaliser certaines idées.

Il convient toutefois de distinguer la référence théorique et son utilisation politique. Se réclamer de Gramsci ou invoquer l’idée d’une « bataille culturelle » ne permet pas à elle seule de démontrer l’efficacité d’une stratégie. Le concept aide à penser la relation entre culture et politique, mais sa traduction concrète en actions et en résultats électoraux reste matière à analyse et à vérification.

Une histoire qui remonte aux années 1960

Le texte rappelle que cette dynamique ne naît pas ex nihilo dans les années récentes. Il situe un tournant dès les années 1960, lorsque l’extrême droite française, alors reléguée aux marges, cherche des voies de renouvellement. À la sortie de la Seconde Guerre mondiale, les figures du « camp national » avaient subi un fort discrédit. Pour contourner ce stigmate, la stratégie fut, selon le récit, d’emprunter au langage et aux thèmes de l’adversaire afin d’effacer les frontières symboliques et revenir dans le jeu public.

Charles Maurras (1868-1952) est cité comme illustration d’un passé qui a laissé une empreinte sur le débat intellectuel. Les références historiques servent à montrer que la recomposition des stratégies idéologiques s’inscrit dans une longue durée.

Il reste essentiel, pour qui observe ces évolutions, de différencier deux choses : d’une part, la capacité à faire entendre des idées dans l’espace public ; d’autre part, l’efficacité électorale de ces idées. Le lien entre gain culturel et gain électoral n’est pas automatique et dépend d’un ensemble de facteurs politiques, sociaux et institutionnels.

Enjeux et incertitudes

Enfin, la thèse d’une « inéluctabilité » de l’arrivée au pouvoir d’un parti en raison de succès culturels mérite un examen prudent. Présenter la progression culturelle comme une condition suffisante pour une victoire politique simplifie des processus complexes. L’analyse doit intégrer les variations du contexte électoral, les réponses des autres forces politiques et le rôle des médias indépendants et des contre-discours.

En somme, la métaphore de la « bataille culturelle » permet d’éclairer des dynamiques de légitimation et de diffusion des idées. Elle ne dispense toutefois pas d’une évaluation rigoureuse des effets politiques concrets de ces dynamiques. Le recours à des références historiques et théoriques, comme Gramsci, aide à structurer la réflexion, sans prouver à lui seul l’issue politique annoncée par certains discours.

Parlons Politique

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