António José Seguro a remporté dimanche 8 février le second tour de l’élection présidentielle au Portugal avec 66,8 % des suffrages contre 33,2 % pour le leader d’extrême droite André Ventura, fondateur du parti Chega (« ça suffit »).
Une victoire nette et rassembleuse
Ancien secrétaire général du Parti socialiste entre 2011 et 2014, António José Seguro, 63 ans, avait déjà terminé en tête du premier tour avec 31,1 % des voix. Longtemps resté en retrait de la scène politique, il a su fédérer pendant la campagne des soutiens issus de l’extrême gauche, du centre et de la droite, bénéficiant par ailleurs de l’appui de personnalités dont l’ex-président et ancien Premier ministre Aníbal Cavaco Silva.
Au moment de l’annonce des résultats, l’ancien eurodéputé s’est voulu rassembleur, affirmant vouloir être le « président de tous les Portugais », qu’ils aient voté pour lui ou non. Il a également promis d’entretenir « des relations fructueuses avec le Parlement et le gouvernement ».
Contexte politique et conséquences institutionnelles
Le scrutin, qui s’est déroulé en deux tours pour la première fois depuis 1986, met fin à une campagne marquée par la polarisation entre un candidat de centre-gauche et une figure montante de l’extrême droite. Dimanche soir, António José Seguro a aussi adressé un message aux dirigeants du pays, notamment au Premier ministre Luís Montenegro, chef d’un gouvernement minoritaire de droite et resté en retrait entre les deux tours.
La défaite du candidat du Parti social-démocrate (PSD), éliminé dès le premier tour et relégué à une décevante cinquième place, a privé la droite traditionnelle d’un point d’appui clair pour contrer l’ascension d’André Ventura. Le candidat du PSD n’a formulé aucune consigne de vote avant le second tour.
Dimanche soir, le leader du PSD a néanmoins déclaré sa volonté de « travailler avec le nouveau président pour assurer la stabilité politique du Portugal ».
Rôle du président et calendrier
Le Portugal fonctionne sous un régime semi-présidentiel d’origine parlementaire. Le Premier ministre détient le pouvoir exécutif principal, mais le président, élu pour cinq ans et renouvelable une fois, joue un rôle modérateur et dispose de prérogatives importantes : il peut renvoyer une loi au Parlement, saisir la Cour constitutionnelle en cas de doute sur la conformité d’un texte, nommer le Premier ministre et, en période de crise, dissoudre l’Assemblée afin de provoquer de nouvelles élections.
António José Seguro succédera le 9 mars au conservateur Marcelo Rebelo de Sousa, en poste depuis 2016 et qui, selon la Constitution, était dans l’incapacité de se représenter.
Un revers pour l’extrême droite, mais pas un écrasement
Si l’ample défaite de Chega au second tour peut être lue comme un signal positif pour Bruxelles et les forces pro-européennes, le résultat ne doit pas être interprété comme un effondrement total du mouvement d’André Ventura. Le fondateur de Chega, dont l’ascension fulgurante remonte à 2019, a réaffirmé sans détour son ambition de s’imposer comme chef de file de la droite portugaise : « Nous dirigeons l’espace de la droite au Portugal et nous allons bientôt gouverner ce pays. Ce mouvement est imparable », a-t-il averti.
Malgré la clarté du score, le paysage politique national reste en recomposition. L’élection d’António José Seguro redistribue les cartes et crée, à court terme, une nouvelle dynamique politique, sans qu’aucune grande coalition réaliste n’apparaisse immédiatement entre les rivaux historiques du PS et du PSD.
À ce stade, les équilibres parlementaires et les arbitrages entre les forces politiques détermineront la capacité du nouveau président à jouer pleinement son rôle modérateur dans une période où les lignes partisanes restent marquées.





