Macron : ses troupes face à la recomposition du macronisme entre pragmatisme, concessions budgétaires et compromis sur les retraites

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Près d’une décennie après En Marche!, le « macronisme » oscille entre pragmatisme et doctrine floue : les récentes négociations budgétaires — réforme des retraites reportée, concessions fiscales et accord sur le PLFSS — révèlent des compromis qui redessinent l’héritage du second quinquennat.

Près d’une décennie après la fondation d’En Marche!, la question revient avec insistance : que désigne exactement le « macronisme » ?

Des contours qui restent flous

À l’origine, le mouvement d’Emmanuel Macron avait été perçu comme une machine d’accès au pouvoir, capable de dépasser les clivages traditionnels. Mais, au fil des années, cette description laisse place à d’autres interprétations.

Certains y voient d’abord une méthode : le pragmatisme. D’autres y reconnaissent une volonté de moderniser la fonction présidentielle. D’aucuns enfin estiment que le macronisme repose sur un corpus idéologique volontairement flottant, adaptable aux circonstances politiques et économiques.

Ces lectures ne s’excluent pas mutuellement. Elles traduisent plutôt une difficulté : le terme « macronisme » sert parfois de boîte noire pour rassembler des décisions hétérogènes. Faute de manifeste clair ou de doctrine figée, la définition évolue au rythme des réformes et des compromis parlementaires.

Les récentes négociations budgétaires comme révélateur

L’interrogation sur la nature du macronisme a pris de l’ampleur durant les débats autour du budget, adopté définitivement lundi 2 février. Dans ce contexte, le camp présidentiel a dû composer avec des contraintes politiques tangibles.

Les élus du groupe Renaissance ont consenti à une série de renoncements afin d’assurer la stabilité et d’éviter une motion de censure visant le gouvernement dirigé par Sébastien Lecornu. Cette dynamique a mis en lumière le poids des compromis internes et la nécessité, pour la majorité, de préserver l’exercice du pouvoir.

Le principal symbole de ces concessions reste la suspension de la réforme des retraites — présentée comme le totem du second mandat du président. Ce recul a été négocié pour arracher un compromis aux socialistes sur le projet de loi de finances de la Sécurité sociale (PLFSS). Le choix de mettre la réforme entre parenthèses éclaire la hiérarchie des priorités : la préservation d’une majorité parlementaire et la sécurité budgétaire ont pris le pas sur une réforme emblématique.

Parallèlement, la négociation sur le budget de l’État a abouti à des concessions perçues comme un recul sur la « politique de l’offre », longtemps présentée comme l’un des piliers doctrinaux du macronisme depuis 2017. Concrètement, le gouvernement a maintenu la surtaxe sur les profits des grandes entreprises et a renoncé à une baisse de la cotisation liée à la valeur ajoutée des entreprises. Ces choix traduisent un recentrage sur des mesures jugées socialement et fiscalement acceptables dans le cadre d’un compromis plus large.

Quelles conséquences pour l’héritage présidentiel ?

Ces évolutions interrogent l’héritage politique du second quinquennat. Si le macronisme se définit d’abord par des réformes économiques libérales et par un discours pro-entreprises, les récentes concessions montrent que sa mise en œuvre reste dépendante des équilibres parlementaires.

Le report de la réforme des retraites et l’abandon partiel de baisses fiscales en faveur des entreprises peuvent être lus de plusieurs façons : comme un ajustement tactique visant la pérennité gouvernementale, ou bien comme un déplacement plus profond des priorités, vers un compromis socialement plus acceptable.

Pour les observateurs, l’issue est doublement problématique. D’une part, elle complique la formulation d’une identité politique stable, condition nécessaire à la construction d’un projet durable. D’autre part, elle pèse sur la lecture historique du mandat : restera-t-il associé à une ouverture pragmatique de la vie publique, ou au contraire à une série de renoncements face aux contraintes politiques ?

La réponse dépendra de la suite des décisions, notamment de la manière dont les mesures arrêtées seront maintenues, modifiées ou annulées dans les mois à venir. Elle dépendra aussi de la capacité du mouvement à produire un récit cohérent de gouvernance, qui rende intelligible la logique des compromis aux électeurs.

En l’état, le macronisme apparaît comme une force politique pragmatique, disposée à adapter sa feuille de route pour préserver la stabilité institutionnelle. Ce trait peut être lu positivement, comme un réalisme politique, ou négativement, comme l’absence d’un projet idéologique stable. Le bilan du second quinquennat, à l’approche de sa conclusion, dépendra en grande partie de la façon dont ces tensions seront résolues et expliquées.

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