Dans une interview accordée à plusieurs médias européens — Le Monde, The Economist et la Süddeutsche Zeitung — lundi 9 février, Emmanuel Macron a estimé que l’Europe aurait tort de baisser la garde vis‑à‑vis de Washington, un allié historique devenu « de plus en plus imprévisible ».
Un allié devenu imprévisible, selon le président
Le chef de l’État met en garde : « les menaces et intimidations » américaines « planent toujours ». Il appelle les Européens à ne pas céder à « une forme de lâche soulagement » après la longue séquence de tensions autour du Groenland et de la menace répétée de droits de douane.
« On pense que c’est fini. Mais n’y croyez pas une seule seconde. Chaque jour, [il y a de nouvelles] menaces sur la pharmacie, le numérique… », alerte‑t‑il, soulignant une instabilité qu’il assimile à « une agression caractérisée » et exhortant le bloc européen à ne pas « courber l’échine ».
Trois fronts prioritaires pour l’Union européenne
Emmanuel Macron identifie trois champs de bataille essentiels pour l’avenir de l’Union : la défense et la sécurité ; les technologies de la transition écologique ; et l’intelligence artificielle, « incluant le quantique ». Selon lui, l’Europe investit beaucoup moins que la Chine et les États‑Unis dans ces domaines.
Il met en garde : « si l’UE ne fait rien dans les trois à cinq ans, elle sera balayée de ces secteurs ». Pour combler ce retard, il plaide pour des investissements publics et privés massifs, estimés « à quelque 1 200 milliards d’euros par an ».
Sur ce total, il précise que 800 milliards seraient consacrés aux technologies vertes et numériques, comme l’a estimé l’ex‑président de la BCE Mario Draghi, le reste devant financer la défense et la sécurité. L’objectif affiché est de renforcer la compétitivité européenne et de réduire la dépendance du continent envers les puissances américaine et chinoise.
Préférence européenne et cohérence industrielle
À l’approche d’une réunion informelle des dirigeants européens à Alden Biesen (Belgique) le 12 février, où la compétitivité et l’industrie seront au cœur des échanges, le président a adressé un message à ses homologues en faveur d’une « simplification » et d’un approfondissement du marché intérieur.
Il cite notamment la nécessité de revoir le projet de « 28 régimes pour les entreprises » et d’approfondir le marché unique afin de renforcer l’efficacité industrielle. Il met aussi l’accent sur la « diversification » via la conclusion de nouveaux partenariats commerciaux, « comme [l’UE] vient de le faire avec l’Inde ».
En revanche, il juge l’accord avec le Mercosur comme un « mauvais accord », « mal négocié », et rappelle qu’il doit aujourd’hui être examiné par la Cour de justice de l’Union européenne.
Entre protection et ouverture
Le président insiste sur « le besoin devenu urgent de protéger l’industrie européenne », tout en refusant le terme de « protectionnisme » : « les Chinois le font, les Américains aussi. L’Europe est aujourd’hui le marché le plus ouvert du monde. Il ne s’agit pas d’être protectionniste, mais cohérent ».
Il cite des mesures récentes comme les taxes imposées sur les véhicules électriques chinois « sur‑subventionnés » et le plan automobile de la Commission européenne, qui traduit selon lui « une préférence européenne » pour certains secteurs.
Cette orientation, précise‑t‑il, doit concerner les cleantechs, la chimie, l’acier, l’automobile et la défense.
Un emprunt européen pour financer l’avenir
Pour servir ces ambitions, Emmanuel Macron relance une idée défendue de longue date : un emprunt commun européen, ou eurobonds. « C’est le moment de lancer une capacité commune d’endettement pour ces dépenses d’avenir, des eurobonds d’avenir », affirme‑t‑il.
Anticipant les réserves, notamment allemandes, il précise qu’il ne s’agit « en aucun cas de mutualiser la dette passée », mais d’utiliser la capacité d’endettement européenne, « encore sous‑exploitée », pour financer de grands programmes européens et soutenir les meilleurs projets.
Ce mécanisme permettrait, selon le chef de l’État, d’investir conjointement dans des secteurs clés, en répondant à la demande mondiale d’« actifs sûrs » et en limitant la domination du dollar.
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