Le secrétaire au Commerce américain, Howard Lutnick, a contesté mardi 10 février les allégations le liant à des contacts prolongés avec le condamné pour crimes sexuels Jeffrey Epstein, après la parution de son nom dans des documents issus de l’enquête. Ces révélations ont provoqué des appels à sa démission et relancé les interrogations sur la nature et l’ancienneté de leurs relations.
Les explications de Lutnick devant le Sénat
Lors d’une audition au Sénat, M. Lutnick a nié toute relation soutenue avec Epstein, affirmant : « J’ai à peine vu cette personne en l’espace de quatorze ans. » Il a précisé que cette période commençait en 2005, date à laquelle il est devenu voisin de Jeffrey Epstein à New York.
Le secrétaire a reconnu une rencontre, décrivant un déjeuner « sur l’île » d’Epstein, alors qu’il était en vacances en famille à bord d’un bateau. « Ma femme était avec moi, ainsi que mes quatre enfants et leurs nounous », a-t-il dit, ajoutant que la visite avait duré environ une heure. Selon lui, un autre document évoque un déjeuner à New York en 2011.
Interrogé sur la présence de son nom dans la masse de documents publiés par le ministère de la Justice, M. Lutnick a expliqué : « Comme tout le monde, j’ai cherché mon nom dans les millions de documents publiés et j’ai vu qu’un document faisait état d’une rencontre en mai (2011), je crois, pour une heure tout au plus. » Il a également minimisé son apparition dans les échanges écrits, indiquant que son nom figurait dans « une dizaine de mails » au maximum.
Appels à la démission et soutien de la Maison Blanche
La publication des documents du ministère de la Justice, qui mentionnerait notamment une visite de M. Lutnick sur l’île de Jeffrey Epstein en décembre 2012, a intensifié les critiques. Plusieurs élus ont accusé le secrétaire d’avoir menti lorsqu’il avait auparavant assuré avoir rompu tout lien avec Epstein il y a plus de vingt ans.
Le sénateur démocrate Adam Schiff a déclaré : « M. Lutnick ne devrait pas être en charge de notre département du Commerce, il doit démissionner immédiatement. » Le républicain Thomas Massie a, pour sa part, estimé que le secrétaire « devait faciliter la vie du président et simplement démissionner ». Ces positions illustrent la pression bipartisanne qui pèse désormais sur le responsable.
En revanche, la Maison Blanche a publiquement soutenu Howard Lutnick. Un porte-parole a affirmé que « l’ensemble du gouvernement, dont le secrétaire Lutnick, se concentre sur le fait de servir les intérêts du peuple américain ». La porte-parole Karoline Leavitt a précisé que « Howard Lutnick reste un membre très important de l’équipe du président Trump » et que « le président soutient totalement le ministre ». Ces déclarations confirment le maintien provisoire du secrétaire au sein de l’exécutif malgré les controverses.
Contexte professionnel et politique
Howard Lutnick est une figure connue du secteur financier, ayant dirigé l’entreprise de services Cantor Fitzgerald avant d’entrer au gouvernement. Proche personnellement de Donald Trump, il a rejoint l’administration l’an dernier, après le retour du milliardaire républicain au Bureau ovale, selon les informations rendues publiques.
La controverse intervient alors que les documents judiciaires déclassifiés ont déjà suscité de nombreuses révélations sur le réseau et les relations de Jeffrey Epstein. Dans ce contexte, la question centrale demeure la cohérence des déclarations de M. Lutnick avec les éléments consignés dans les pièces publiées par le ministère de la Justice.
Sans nouveaux éléments publics permettant d’établir formellement l’étendue des liens entre Howard Lutnick et Jeffrey Epstein, l’affaire devrait probablement rester au centre des débats politiques. Les auditions au Sénat et les demandes d’informations supplémentaires figurent parmi les prochaines étapes possibles, alors que la pression médiatique et parlementaire ne faiblit pas.
La situation illustre, une nouvelle fois, la façon dont la diffusion massive de documents judiciaires peut renouveler l’examen des relations privées et professionnelles d’acteurs publics, et imposer des éclaircissements auprès des institutions chargées du contrôle et de la transparence.





