François Grosdidier, 64 ans et maire de Metz, a attendu le 6 février pour officialiser une candidature dont la rumeur courait depuis des semaines. Ce timing précis — annoncer tardivement — répond à une stratégie politique connue : rester au-dessus de la mêlée, observer les mouvements adverses et capitaliser sur les divisions opposées.
Une gauche fragmentée
Les tentatives de rassemblement à gauche n’ont pas abouti. À ce stade, les forces de gauche se présentent divisées, ce qui risque d’affecter leur capacité à concurrencer une figure installée comme François Grosdidier. Le souvenir de 2020 pèse : la liste d’union des gauches conduite par Xavier Bouvet avait perdu de justesse, à 197 voix près au second tour, une élection où le résultat aurait pu basculer.
Cette marge minimale — 197 voix — illustre la fragilité d’une victoire potentielle lorsque la gauche reste unie. Inversement, l’éclatement des candidatures augmente le risque d’une dispersion des voix au détriment d’une alternative unique crédible face au maire sortant.
Les candidatures annoncées et leurs soutiens
La France insoumise (LFI) a décidé de maintenir une candidature autonome, conformément à la consigne nationale. À sa tête figure Charlotte Leduc, ancienne députée mosellane. Les écologistes ont, pour leur part, investi Jérémy Roques, élu municipal qui s’est affirmé durant le dernier mandat comme l’un des principaux opposants au maire sortant.
Jérémy Roques, arrivé en position d’opposant affiché, semblait espérer fédérer autour de lui une liste d’union. Il a reçu des soutiens de divers acteurs locaux, mais ces appuis n’ont pas suffi à convaincre le Parti socialiste de renoncer à présenter son propre candidat.
Le Parti socialiste a choisi Bertrand Mertz, avocat de profession et ancien maire de Thionville de 2008 à 2014. Il bénéficie du soutien d’anciens élus socialistes, dont Dominique Gros, ancien maire de Metz, et a rallié Place publique, qui dans le département est porté par Xavier Bouvet, le proche du succès manqué de 2020.
La candidature de Jérémy Roques s’appuie sur un large aréopage d’appuis locaux et nationaux : le Parti communiste français, l’ex-« insoumis » François Ruffin, le Parti animaliste et L’Après ont manifesté leur soutien à sa démarche. Malgré ce large brassage d’acteurs, l’unité à gauche ne s’est pas réalisée.
Conséquences et enjeux pour la campagne
La division entre plusieurs listes de gauche laisse un terrain politique favorable à une candidature installée comme celle de François Grosdidier. En l’absence d’un front commun, les voix de l’électorat de gauche risquent de se disperser entre LFI, les écologistes et le PS, rendant plus difficile la qualification d’une liste unique au second tour.
Pour les électeurs et observateurs locaux, la question centrale demeure la capacité de chaque camp à mobiliser et à convertir son ancrage territorial en suffrages effectifs. Les différences programmatiques entre LFI, les écologistes et le Parti socialiste peuvent expliquer en partie l’impossibilité de rapprocher ces listes, même si la proximité de 2020 rappelle que l’union aurait pu être décisive.
Sur le plan stratégique, l’annonce tardive de François Grosdidier s’inscrit dans une logique tactique : laisser les concurrents s’exposer, observer leurs alliances et proposer ensuite une offre centrée sur la stabilité et l’expérience municipale. Le rythme et la tonalité de sa campagne seront désormais scrutés à la lumière de la recomposition des forces d’opposition.
Au-delà de la configuration actuelle, la campagne municipale reste ouverte. Les équilibres pourraient évoluer si des ralliements interviennent d’ici les échéances électorales, mais, au moment de l’officialisation du 6 février, la gauche reste scindée en plusieurs listes concurrentes.
Cette situation oblige chaque camp à clarifier son projet et à convaincre ses électeurs potentiels que leur choix pèsera sur l’issue de l’élection. Le test du mois à venir permettra de mesurer la capacité de convocation de chacune des candidatures et l’impact réel de la division sur le résultat final.





