À quelques semaines de la décision finale, attendue en mars, la France intensifie sa défense de la candidature de Lille pour accueillir la future Autorité douanière européenne (EUCA). Cette agence, appelée à fonctionner dès 2027, doit centraliser des données d’importation, repérer les fraudes et aider les douanes des États membres à coordonner leurs contrôles.
Un nouvel organe au cœur de la réforme douanière
Présentée par la Commission européenne en 2023, la réforme de l’Union douanière vise à rendre les procédures plus simples et plus numériques, notamment face à l’essor du commerce en ligne. L’un des axes principaux est la création d’un « Data hub », une plateforme commune destinée à centraliser une partie des données douanières au niveau européen afin de mieux repérer fraudes, contrefaçons et contournements.
« Aujourd’hui, il existe 111 systèmes de déclaration dans l’UE. L’EUCA va enfin permettre de les réunir dans un seul système d’information », explique Yann Favennec, chef de projet de la candidature lilloise à la Direction générale des douanes et droits indirects (DGDDI). L’agence pilotera le Data hub, proposera des outils, des standards et un appui technique, et jouera un rôle de coordination en cas de crise affectant les chaînes d’approvisionnement.
Selon les promoteurs de la candidature, l’EUCA emploiera environ 250 personnes en 2034, et pourrait atteindre jusqu’à 500 agents au-delà. La Commission se réserve toutefois la possibilité d’élargir son mandat, précisent-ils. L’EUCA n’entendra pas remplacer les douanes nationales : les contrôles continueront d’être effectués par chaque État, l’agence intervenant comme centre européen d’expertise, de données et de coordination.
Lille face à une compétition européenne serrée
La candidature lilloise s’inscrit dans une compétition entre plusieurs métropoles européennes qui présentent chacune des atouts. Sont notamment en lice Varsovie, Porto, Rome, Zagreb, Bucarest, La Haye, Liège et Malaga. L’enjeu est important : les promoteurs estiment que l’installation de l’EUCA pourrait générer plus de 50 millions d’euros de retombées annuelles, en plus d’impacts sur l’emploi, l’innovation et le rayonnement du territoire.
Le choix final devra aussi tenir compte de l’équilibre géographique entre États membres et de la répartition des agences européennes. Les prochaines étapes sont déterminantes : début mars, le Parlement européen et le Conseil des ministres de l’UE retiendront deux villes, avant que la procédure de désignation ne se poursuive en mars.
Les atouts mis en avant par la candidature lilloise
Pour étayer sa candidature, la France met en avant trois arguments principaux : un engagement européen affirmé, une expertise douanière reconnue et l’attractivité de Lille pour les agents et leurs familles. Sur le plan immobilier, Lille propose un site immédiatement mobilisable : le bâtiment l’Agora, à Euralille, présenté comme adapté aux besoins d’une agence européenne.
L’Agora est décrit comme offrant des espaces modulables, des dispositifs de cybersécurité et une capacité d’accueil évolutive. Le projet inclut également un data center destiné à héberger les outils liés au Data hub, déjà conforme aux exigences européennes, selon les porteurs du dossier.
« Ce qui est demandé dans le cahier des charges, ce sont les derniers labels environnementaux », rappelle François Navarro, directeur général de l’Agence d’attractivité Hello Lille. Concrètement, il s’agit de la gestion de la chaleur, de la climatisation et de la réutilisation de l’eau, des éléments que l’Agora dit satisfaire.
L’atout géographique est aussi souligné : « L’Agora est à cinq minutes à pied de la gare Lille‑Europe », précise encore François Navarro. La métropole est présentée comme étant à 35 minutes de Bruxelles en TGV, à une heure de Paris et à 50 minutes de l’aéroport Charles‑de‑Gaulle. La proximité d’une frontière européenne et de grands ports du Nord (Anvers, Rotterdam, Dunkerque) est mise en avant pour son rôle dans les flux douaniers européens.
Sur l’accompagnement des personnels, la candidature insiste sur des dispositifs déjà testés : la création, en 2019, de l’école européenne Jacques‑Delors à Marcq‑en‑Barœul et le dispositif Hello Lille, pensé pour faciliter l’arrivée et l’installation des agents et de leurs familles (logement, scolarité, santé, démarches administratives, mobilité).
L’État français s’engage à prendre en charge le site pendant neuf ans, avant que la Commission européenne n’assume l’intégralité des coûts, selon le dossier de candidature.
Calendrier, risques et enjeux à court terme
Les promoteurs lillois multiplient démonstrations de capacité d’accueil : simulations de trajets, tests d’accessibilité, mobilisation d’entreprises et d’universités. Le dossier met en avant un écosystème technologique solide, en particulier dans l’intelligence artificielle, la cybersécurité et la gestion des données, compétences jugées directement liées aux missions futures de l’EUCA.
Restent des incertitudes liées à la concurrence des autres métropoles et aux arbitrages politiques finaux. Le choix tiendra compte de critères techniques, environnementaux, sociaux et d’équilibre géographique entre États membres. Dans ce contexte, Lille se positionne en phase finale pour convaincre et attend la décision attendue en mars.





