La campagne des municipales se déroule désormais aussi sur les applications de courtes vidéos. Sur TikTok, ce ne sont pas seulement les clips spectaculaires qui attirent l’attention : les contenus consacrés aux problèmes du quotidien récoltent un engagement important, notamment parce que l’algorithme favorise les formats locaux et pousse rapidement des vidéos politiques à des publics engagés.
Des élus inattendus sur une application « pour les jeunes »
« Bonjour les jeunes ! Je viens sur TikTok. Allez, n’hésitez pas à me rejoindre ! » Face caméra, Louis Nègre, maire sortant de Cagnes-sur-Mer (Les Républicains, LR), assume le contraste entre ses 79 ans et sa présence sur une application réputée « pour les jeunes ». La vidéo, tournée alors qu’il marche dans une rue de sa ville de 53 000 habitants, a suscité 4 500 likes et 130 commentaires, des chiffres largement supérieurs à sa portée habituelle sur Instagram où l’édile plafonne en moyenne à une trentaine de likes par photo.
Le cas de Louis Nègre illustre un mouvement plus large : des élus traditionnels multiplient les prises de parole sur TikTok, parfois dans un registre légèrement décalé pour combler l’écart générationnel. Ces efforts produisent des résultats concrets en visibilité, y compris pour des personnalités locales qui n’atteignent pas les mêmes audiences sur d’autres réseaux sociaux.
Algorithme, géolocalisation et formats gagnants
Sur TikTok, l’algorithme joue un rôle déterminant. Selon les usages observés, il suffit souvent de regarder une vidéo politique en entier pour se voir proposer très vite des dizaines d’autres contenus similaires. Cette logique de recommandation accélère la diffusion, surtout lorsque les vidéos abordent des thématiques concrètes et locales.
La mise en avant d’éléments géolocalisés renforce cet effet : la plateforme propose beaucoup de contenus liés à l’endroit où se trouve l’utilisateur, ce qui favorise les vidéos traitant des problèmes du quotidien — stationnement, propreté, transport, sécurité — et donc la campagne au niveau municipal. Ces formats courts, directs et faciles à consommer se prêtent bien à la mise en scène de propositions locales et à la captation d’un électorat de proximité.
Au-delà des contenus sur le quotidien, la scène municipale sur TikTok mêle plusieurs registres : quelques vidéos deviennent virales, des débats de fond se développent sous forme de courtes séquences, et apparaissent aussi des coups bas. Un « soupçon d’IA » est désormais évoqué, principalement pour expliquer des usages nouveaux de montage ou de génération de contenus, sans que l’origine et l’ampleur exacte de ces pratiques ne soient détaillées dans l’extrait initial.
Des interactions et des limites
L’engagement sur TikTok prend souvent la forme de commentaires nombreux et rapides, qui peuvent transformer une vidéo en espace de discussion locale, voire en tribune. Ce dynamisme accentue la visibilité des candidats mais expose également les campagnes à des attaques et à des polémiques instantanées. La viralité ne garantit pas la qualité du débat : derrière les chiffres, la substance des propositions reste à vérifier par d’autres canaux plus traditionnels.
Par ailleurs, la comparaison entre plateformes montre des usages différenciés : un élu peut obtenir sur TikTok une audience qu’il n’atteint pas sur Instagram ou Facebook. Cela modifie la manière dont les messages sont construits, souvent au profit de formats plus visuels, rythmiques et centrés sur un seul message clef.
Enfin, si TikTok facilite la circulation des contenus locaux, il ne remplace pas les autres formes de communication politique. Les vidéos courtes facilitent l’accroche et la viralité, mais l’évaluation des propositions et la vérification des informations exigent un examen hors-plateforme, notamment lors des débats publics, des professions de foi ou des échanges avec la presse locale.
En somme, TikTok s’est imposé comme un terrain de campagne supplémentaire pour les municipales, où les vidéos consacrées aux préoccupations quotidiennes trouvent un écho particulier. Leur efficacité tient autant à la nature des sujets traités qu’aux mécanismes techniques de recommandation et de géolocalisation de la plateforme.





