La mort de Quentin Deranque, un militant d’extrême droite âgé de 23 ans, a mis en lumière les fractures et les recompositions de la mouvance radicale. Le jeune homme a été lynché à Lyon le jeudi 12 février par des individus soupçonnés d’appartenir au groupuscule antifasciste de la Jeune Garde, proche de La France insoumise. Sa disparition a déclenché une mobilisation prévue pour le samedi 21 février, qui pourrait servir de point de ralliement pour plusieurs courants de l’ultradroite.
Un rassemblement potentiellement fédérateur
La marche organisée en mémoire de Quentin Deranque doit rassembler diverses chapelles de l’extrême droite radicale. Pour certains organisateurs et participants, la figure du jeune militant prend rapidement une dimension symbolique et peut contribuer à créer une « union sacrée » entre groupes jusqu’ici concurrents. Le risque est que ce deuil transformé en cause commune donne un cadre politique à des organisations aux lignes stratégiques et idéologiques différentes.
Les autorités locales, de leur côté, examinent la tenue du défilé en regard des risques d’affrontements. Le maire de Lyon, Grégory Doucet (Les Écologistes), a demandé l’interdiction du rassemblement, appel relayé par plusieurs parlementaires de gauche, qui redoutent des débordements et des incidents violents au cours de la manifestation.
Réactions politiques et consignes internes
Au niveau national, la mort du militant a suscité des prises de parole marquées par la recherche de responsabilité et par la volonté d’éviter l’escalade. Avant de repartir pour un déplacement en Inde, le président de la République, Emmanuel Macron, a appelé les « partis extrêmes » à « faire le ménage », en visant d’abord « l’extrême gauche en l’occurrence », mais aussi « l’extrême droite aussi, qui a dans ses rangs parfois des militants qui justifient la violence ». Cette mise en garde vise à contenir la propagation de la violence politique plutôt qu’à stigmatiser une seule famille idéologique.
De son côté, Jordan Bardella, président du Rassemblement national (RN), a intimé l’ordre à ses élus de ne pas participer au rassemblement. Selon la direction du parti, cette consigne vise à éviter toute association avec des éléments susceptibles d’être violents et à préserver la crédibilité institutionnelle des responsables élus.
Voix internes à l’extrême droite et appel à la justice
Même au sein des milieux d’extrême droite, le traitement de l’affaire suscite des réactions contrastées. Edouard Bina, chef du syndicat d’extrême droite La Cocarde étudiante, a déclaré : « Ce n’est pas étonnant que tout le monde aille dans la même direction : on est face à un meurtre. L’ensemble de la population attend la justice, que les responsables politiques qui ont permis ça soient punis. » Cette déclaration illustre à la fois la tentation de politiser le drame et l’exigence de réponses judiciaires claire de la part des proches et soutiens du défunt.
Les autorités judiciaires et les forces de l’ordre ont, quant à elles, la charge d’établir les responsabilités et de prévenir d’éventuels troubles. À ce stade, la qualification pénale exacte des faits et l’avancée des enquêtes relèvent du travail des magistrats et des services d’enquête, et toute évolution devra être documentée par leurs conclusions officielles.
Une mouvance en recomposition
La mort de Quentin Deranque intervient dans un contexte où l’extrême droite radicale connaît des tensions internes sur les stratégies à adopter — confrontation de rue, implantation locale ou action électorale. La marche du 21 février est perçue par certains comme un test : montrera-t-elle la capacité des différentes structures à converger autour d’un symbole ? Ou accentuera-t-elle, au contraire, les divergences tactiques et les risques d’affrontements ?
Quel que soit le scénario, l’affaire met en exergue la porosité entre activisme militant et exploitation politique d’un drame. Les prochains actes judiciaires, les décisions préfectorales concernant l’autorisation du rassemblement, et le comportement des organisateurs détermineront en grande partie si cette journée débouchera sur une démonstration d’unité ou sur des incidents susceptibles d’enflammer davantage le débat public.





