Le Parti communiste français (PCF) n’est plus la force municipale qu’il fut autrefois, mais il conserve des enclaves où il demeure ancré. Dieppe, port maritime et cité ouvrière de la Seine-Maritime, figure parmi ces rares bastions. La ville, surnommée la « cité aux quatre ports », affiche une longévité politique notable : hors une parenthèse de droite entre 2001 et 2008, elle est dirigée par la gauche communiste depuis cinquante‑cinq ans.
Un fief historique malgré une population modeste
Avec environ 29 000 habitants, Dieppe n’est pas la commune la plus peuplée du département ; elle est devancée de peu par Saint‑Etienne‑du‑Rouvray. Pourtant, sa situation géographique et l’importance de son port de pêche font d’elle un symbole particulier du communisme municipal. Cette combinaison d’histoire industrielle et de vocation maritime lui confère une place à part dans le paysage politique local et national.
Sur le plan symbolique, la longévité du PCF à Dieppe témoigne d’un enracinement social et territorial qui dépasse la seule taille démographique. La permanence d’une majorité municipale de gauche y trouve ses racines dans des circuits professionnels et dans l’identité collective liée au port et à l’activité ouvrière.
Le maire sortant et l’unité de la gauche
Nicolas Langlois, maire sortant et membre du PCF, porte aujourd’hui la liste de la gauche unie. Agé de 42 ans, ancien douanier de formation, il a pris la succession de son mentor, Sébastien Jumel, en 2017, en cours de mandat. Il a ensuite été élu dès le premier tour en 2020, ce qui lui a assuré un ancrage politique consolidé au cours de son premier mandat.
Pour ces municipales, Langlois mène une campagne marquée par une alliance rassemblée autour de sa majorité. Les écologistes et La France insoumise (LFI) sont intégrés à cette coalition et figurent à ses côtés, selon la majorité présentée. Cette unité locale de la gauche constitue une singularité, tant elle contraste avec des configurations parfois plus fragmentées observées dans d’autres communes.
Interrogé sur ses ambitions et sur la course électorale, le maire adopte un ton pondéré et procédural : « Une élection, ça se respecte. Tant que les bulletins ne sont pas dépouillés… » Cette réserve souligne sa prudence face à l’incertitude inhérente à tout scrutin, et rappelle que les dynamiques électorales peuvent se révéler imprévisibles jusqu’au dépouillement des votes.
La lecture politique est simple : une défaite de Nicolas Langlois dans ce bastion communiste surprendrait. À l’inverse, une réélection conforterait la continuité d’une tradition municipale ancrée depuis plus d’un demi‑siècle. Entre ces deux hypothèses, la campagne municipale s’annonce donc comme un moment clé pour mesurer la vitalité locale du PCF et la portée de son alliance de gauche.
Enjeux et perspectives locales
Sans prétendre dresser un bilan exhaustif du mandat en place, le contexte local met en relief des enjeux propres aux villes portuaires et au monde ouvrier. La conjonction d’un passé politique marqué et d’une économie liée à la mer structure les débats et les priorités de l’électorat. Ces éléments expliquent en partie pourquoi Dieppe est perçue comme l’un des derniers bastions communistes de la côte normande.
Sur le plan national, la situation dieppoise apparaît comme une exception. Alors que l’influence du PCF a reculé à l’échelle nationale, la continuité municipale ici témoigne d’une capacité locale à maintenir des majorités stables lorsque des alliances de terrain se forment autour de projets partagés.
La campagne en cours et le rassemblement de la gauche locale méritent une attention attentive, d’autant que l’issue du scrutin mesurera la capacité de ces forces à convertir leur ancrage historique en soutien électoral contemporain. Reste que, comme le rappelle la mise en garde du maire sortant, le verdict final ne peut être connu qu’après dépouillement des bulletins.





