Philippe Marlière : instrumentalisation du meurtre de Quentin Deranque, comment la focalisation sur l’antifascisme et LFI renforce le RN et polarise le débat

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Le politiste Philippe Marlière met en garde contre l’instrumentalisation politique et médiatique de l’assassinat de Quentin Deranque : une focalisation sur l’antifascisme et LFI profite au Rassemblement national, polarise le débat public et brouille la frontière entre responsabilité pénale et responsabilité politique, au risque d’affaiblir la qualité du débat démocratique.

Dans son diagnostic, le politiste Philippe Marlière met en garde contre une dynamique qui dépasse la simple émotion collective : l’assassinat de Quentin Deranque a déclenché une séquence politique et médiatique dont les effets se propagent bien au‑delà du drame lui‑même.

Pour situer ce phénomène, Marlière rappelle la grille d’analyse d’Hannah Arendt dans Les Origines du totalitarisme (1951) : les régimes autoritaires substituent souvent à la vérité historique une « vérité » fabriquée, soutenue par la terreur et la propagande, qui inverse les repères moraux. Il ne s’agit pas, insiste‑t‑il, d’établir une équivalence entre la France d’aujourd’hui et les régimes totalitaires des années 1930‑1940, mais d’observer des mécanismes rhétoriques comparables lorsque l’espace public est saturé par des récits concurrents et des usages politiques de la violence.

Une réaction publique marquée et ses ambiguïtés

La réaction politique et médiatique après la mort de Quentin Deranque a été d’une intensité inhabituelle. Les attaques se sont concentrées sur la mouvance antifasciste — en particulier la Jeune Garde — et sur La France insoumise (LFI), dont certains membres ou soutiens sont, selon les éléments rendus publics, mis en cause ou apparaissent liés à l’affaire. Cette focalisation suscite des interrogations sur la responsabilité collective : le mouvement « insoumis » n’a pour rappel jamais appelé publiquement à des actions violentes, ce qui rend délicate toute logique d’imputation globale.

Dans ce contexte, la rhétorique a parfois pris un tour manichéen. L’instrumentalisation politique d’un fait divers meurtrier a créé un climat où la frontière entre responsabilité pénale individuelle et responsabilité politique collective devient floue. La discussion publique tourne souvent autour d’assignations identitaires plutôt que d’analyses factuelles des enquêtes en cours.

Un atout pour le Rassemblement national

Plusieurs observateurs, dont Marlière, estiment que la séquence politique profite au Rassemblement national (RN). Le parti, affirme l’analyse, saisit l’occasion pour parachever un processus de dédiabolisation amorcé depuis plusieurs années. Jordan Bardella a notamment appelé à établir un cordon sanitaire autour de LFI ; propos qui, notent certains, auraient auparavant été accueillis avec moquerie mais qui aujourd’hui restent rarement contestés publiquement.

Le retour sur l’histoire du FN est invoqué pour souligner les enjeux symboliques. Le Front national, créé en 1972, a hérité d’un passé politique complexe, marqué par des liens anciens avec des personnalités et courants identifiés par les historiens comme proches de l’extrême droite, voire d’anciens collaborateurs ou militants d’organisations passées. Marine Le Pen a engagé depuis plusieurs années des efforts pour rendre le parti plus acceptable au‑delà de son électorat traditionnel, mais la mémoire politique reste un matériau mobilisé dans le débat.

Dans cette confrontation, l’objectif du RN semble double : normaliser son image auprès d’un électorat large et redéfinir l’espace politique en isolant LFI. La polarisation risque d’alimenter un cercle vicieux où chaque événement est transformé en argument identitaire plutôt qu’en motif d’investigation et de clarification judiciaire.

Pour Philippe Marlière, la gauche se retrouve « prise en étau » entre deux pressions : d’un côté, l’étiquette de responsabilité collective collée par des adversaires politiques ; de l’autre, les exigences internes de répondre à des attentes militantes sans céder à l’extrémisme. Cette double contrainte complexifie la capacité des formations de gauche à traiter l’affaire de manière apaisée et factuelle.

L’affaire illustre au‑final les tensions contemporaines entre mémoire historique, responsabilité politique et exigence judiciaire. La mise en récit du drame par des acteurs politiques transforme la perception publique et interroge la vitalité du débat démocratique lorsque l’émotion et l’instrumentalisation se conjuguent.

Parlons Politique

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