À quelques semaines du premier tour des élections municipales, le maire écologiste de Lyon, Grégory Doucet, a déclaré le 24 février être prêt à s’allier au second tour avec La France insoumise (LFI), sous réserve de conditions précises. Cette prise de position est intervenue lors d’un débat télévisé qui a été en partie éclipsé par la mort, le 12 février, du militant d’extrême droite Quentin Deranque.
Une ouverture conditionnelle à LFI
Interrogé sur la possibilité d’un accord avec la candidate insoumise Anaïs Belouassa Cherifi, Grégory Doucet a répondu clairement « oui », mais « à certaines conditions ». Il a précisé que personne figurant sur la liste d’Anaïs Belouassa Cherifi ne devait être « impliqué dans des violences ». Sur l’hypothèse d’une fusion des listes si la députée atteignait le seuil de 10 % nécessaire pour se maintenir, le maire sortant n’a pas exclu cette option : « le soir du premier tour, les Lyonnais et les Lyonnaises nous auront envoyé un message » et « notre responsabilité » sera d’en tenir compte.
Jusque-là, Doucet — qui aura besoin des voix de l’ensemble de la gauche pour briguer un second mandat — s’était refusé à se prononcer publiquement sur un rapprochement avec LFI. Sa déclaration du 24 février marque donc une évolution, formulée toutefois avec une contrainte claire sur l’absence de liens avec des faits de violence.
Le contexte : la mort de Quentin Deranque et ses conséquences
Le débat s’est déroulé quelques jours après le décès, le 12 février, de Quentin Deranque, battu à mort à Lyon. L’affaire a provoqué une onde de choc politique et médiatique. Des suspects ont été mis en examen, certains liens allégués faisant état de connexions avec un député LFI, selon les informations rendues publiques lors de l’enquête. Depuis ces faits, des voix de l’extrême droite, de la droite, du centre droit et d’une partie de la gauche socialiste réclament une rupture totale avec LFI.
Une marche en mémoire de Quentin Deranque a rassemblé 3 200 personnes à Lyon, indique le compte rendu de l’événement ; elle a été suivie de heurts et a été entachée, selon des observateurs, par des saluts nazis et la présence de militants d’extrême droite. Les obsèques se sont tenues en privé, avec une messe dans une église de la ville.
Débat tendu et profils des candidats
Le débat opposait Grégory Doucet au grand favori des sondages, l’ex-patron de l’Olympique lyonnais (OL) Jean-Michel Aulas, ainsi qu’à Alexandre Dupalais, candidat de l’Union des droites pour la République (UDR) allié au Rassemblement national (RN), et à Anaïs Belouassa Cherifi pour LFI. Le chef d’entreprise Jean-Michel Aulas, 76 ans, qui a dirigé l’OL pendant 36 ans, conserve une forte popularité locale et apparaît avec plus de dix points d’avance en première intention dans plusieurs sondages cités pendant le débat. Ces mêmes sondages le donnent largement vainqueur au second tour.
La confrontation a parfois viré à l’attaque personnelle. Le maire sortant a accusé Aulas d’être « à côté de la plaque », tandis que Anaïs Belouassa Cherifi a qualifié le candidat de « coquille vide ». Alexandre Dupalais a reproché à Aulas une absence de ligne politique claire : « A part de grandes dépenses non financées, personne n’a compris votre ligne politique », a-t-il lancé.
Cependant, sur la question des violences et des supporters extrémistes, Alexandre Dupalais est intervenu pour répondre à des critiques visant le bilan d’Aulas à la présidence de l’OL. La députée insoumise, de son côté, a assuré qu’elle ferait tout pour empêcher que « monsieur Aulas ne devienne pas le prochain maire de la ville de Lyon ».
Jeune Garde, enquêtes et mesures gouvernementales
Le débat a également porté sur la « Jeune Garde », un collectif antifasciste fondé en 2018 à Lyon par le député LFI Raphaël Arnault et dissous en juin 2025. Certains des suspects mis en examen dans l’affaire Deranque appartenaient à des structures liées à ce milieu, a été rappelé au cours des échanges. La candidate insoumise a réaffirmé : « Personne ne doit mourir pour ses idées, je condamne toutes les violences mais je reste une militante antifasciste ».
Sur le plan institutionnel, le gouvernement a annoncé avoir saisi la justice concernant une possible « reconstitution » de la Jeune Garde. Le président de la République aurait demandé à Beauvau de lancer des procédures de dissolution contre cinq « émanations » locales liées à ce collectif. Par ailleurs, les autorités ont signalé qu’en une dizaine de jours, « vingt-deux permanences parlementaires de LFI ont été dégradées », un élément évoqué lors d’une réunion sur les groupes violents à l’Élysée.
À moins de trois semaines du scrutin, ces événements ont resserré le débat politique local autour des questions de sécurité, des responsabilités partisanes et des alliances potentielles. La position annoncée par Grégory Doucet le 24 février sous conditions pourrait jouer un rôle décisif dans l’issue des municipales à Lyon.




