Sous les dorures de l’hôtel de Matignon, des conversations feutrées révèlent la précaution d’un camp présidentiel soucieux de préserver un héritage politique. Face aux doutes sur les candidatures d’Édouard Philippe et de Gabriel Attal, des proches du chef de l’État réfléchissent à des « candidats de recours » : le patron de la SNCF ou le premier ministre sont évoqués comme options susceptibles de rassembler.
Rencontres à Matignon et souhaits des parlementaires
Le 4 février, Sébastien Lecornu a reçu une petite dizaine de députés macronistes élus depuis 2017. Lors de ces échanges en petit comité, le premier ministre, âgé de 39 ans, a su mettre à l’aise ses interlocuteurs. Autour de hors-d’œuvre, des parlementaires ont osé poser la question que d’autres évitent : le chef du gouvernement pourrait-il envisager une candidature présidentielle ?
Le mercredi suivant, à la même heure et au même endroit, la question est revenue. Les élus de l’aile droite du parti présidentiel ont relancé le débat, témoignant d’une interrogation partagée sur la capacité du courant majoritaire à produire un candidat incontestable. Ces rendez-vous répétés traduisent une attention particulière portée à la trajectoire de Matignon.
La réponse de Sébastien Lecornu
Interrogé sur cette éventualité, Sébastien Lecornu a tenu une réponse mesurée. « Prudent comme un sioux », a-t-il esquivé lors d’un échange rapporté par des participants. Plusieurs fois, il rappelle sa distance personnelle à l’exercice de la campagne nationale : « Je n’ai pas le virus de la présidentielle comme [Michel] Barnier ou [François] Bayrou », répète-t-il en privé comme en public.
Malgré cette posture, l’idée d’une candidature de secours autour de son nom circule depuis plusieurs semaines au sein du camp présidentiel. L’adoption du budget national, conclue par la non-censure du gouvernement, a accru pour certains la visibilité et la crédibilité du locataire de Matignon. À leurs yeux, ce passage par l’exécutif renforce son profil « présidentiable ».
Logique d’un candidat de recours et enjeux internes
La recherche d’un candidat de recours traduit une double logique politique. D’une part, elle relève d’une prudence face à l’incertitude entourant des figures envisagées comme Édouard Philippe ou Gabriel Attal. D’autre part, elle exprime le souhait de préserver l’héritage du chef de l’État en cas d’impasse autour des candidats pressentis.
Le secrétaire général de Renaissance, Gabriel Attal, reconnaît lui-même ce basculement de perspectives : « Dès qu’on met un pied sur le perron de Matignon, on pense au perron de l’Elysée. » Cette formule synthétise une réalité politique ancienne : la place de premier ministre offre une visibilité nationale qui invite au calcul électoral, même si les intéressés se défendent de vouloir se projeter.
Pour les parlementaires présents, la question n’est pas seulement personnelle. Elle est collective et stratégique. Un candidat issu de l’appareil gouvernemental ou d’un grand groupe public comme la SNCF pourrait incarner la continuité d’un projet présidentiel, tout en rassurant les soutiens inquiets des divisions internes.
Un débat aux implications pratiques
Ces discussions à huis clos ont aussi des implications pratiques. Elles mobilisent réseaux, soutiens locaux et calculs médiatiques qui détermineront, le moment venu, la capacité à tenir une campagne nationale. Les interlocuteurs consultés à Matignon font valoir que la tenue du budget et la stabilité gouvernementale sont des éléments tangibles qui renforcent certains profils.
Reste que les principaux concernés rappellent leurs réserves. Entre prudence affichée et sollicitations répétées, la possibilité d’une candidature de secours demeure pour l’instant hypothétique. Le toilettage des prévisions internes poursuit toutefois son cours, au rythme des consultations et des événements parlementaires.
Au final, ces échanges illustrent la manière dont, dans les coulisses du pouvoir, se façonnent des options de second recours. À l’approche du prochain cycle électoral, la question de l’incarnation du projet présidentiel continue d’alimenter débats et calculs, sans qu’aucune décision publique n’ait encore été annoncée.





