L’ex-ministre de l’économie Éric Lombard a affirmé, vendredi 27 février 2026, que « autour de 50 000 » foyers détenteurs d’un patrimoine élevé échappent à l’impôt sur le revenu ou sur les plus‑values et dividendes. Ses déclarations ont relancé le débat sur la fiscalité des patrimoines importants et les marges d’optimisation légale dont pourraient bénéficier certaines personnes fortunées.
Les chiffres publics : IFI et cas recensés par les sénateurs
L’impôt sur la fortune immobilière (IFI) a concerné environ 186 000 foyers en 2024. Des sénateurs ont indiqué, en février, avoir identifié 13 335 de ces foyers ayant un revenu fiscal de référence si faible qu’ils ont été dispensés d’impôt sur le revenu, des plus‑values et des dividendes.
Ces éléments ont été rendus publics après les premiers propos d’Éric Lombard et ont poussé les parlementaires à réclamer des précisions à Bercy sur la fiscalité des particuliers pour l’année 2024.
L’estimation d’Éric Lombard et son argumentaire
Éric Lombard, ancien dirigeant au sein de BNP Paribas puis à la Caisse des dépôts et consignations, qui a brièvement exercé à Bercy de décembre 2024 à octobre 2025, a déclaré sur RTL et à l’AFP s’être intéressé aux cas de foyers aisés faiblement imposés. Il a rappelé : « J’avais demandé qu’on creuse le sujet. Et je maintiens d’ailleurs cette demande ».
Lombard a expliqué que, outre les foyers soumis à l’IFI, il faut prendre en compte des ménages qui ne sont pas redevables de l’IFI mais détiennent un montant élevé d’actifs mobiliers, notamment des produits financiers. À l’AFP, il a estimé « autour de 50 000 ménages probablement, si on fait un calcul statistique rapide, qui ont un revenu fiscal de référence modeste par rapport à leur patrimoine financier ».
Il a attribué pour « une part non négligeable » de ces situations à ce qu’il appelle la « suroptimisation fiscale », en précisant : « C’est légal (…) Certains peuvent trouver des montages permettant de réduire leur base fiscale ».
Sur le plan chiffré, l’ancien ministre a avancé que ce phénomène toucherait entre « 0,1 et 0,3 % des Français », appelant à une analyse approfondie de ces cas. Il a aussi souligné une limite structurelle : « il n’y a pas de déclaration des patrimoines financiers », ce qui, selon lui, laisse au fisc une vision incomplète du total des actifs détenus par les contribuables.
Réactions politiques et demandes d’étude
Le gouvernement a tenu une position prudente face à ces affirmations. Amélie de Montchalin, désormais première présidente de la Cour des comptes et qui était en janvier encore ministre de l’action et des comptes publics, avait déclaré : « Il n’est pas vrai que des dizaines de milliers de Français fortunés ne paieraient aucun impôt sur le revenu. Il n’y a pas de document à Bercy qui le montrerait ».
David Amiel, son successeur au ministère, a dénoncé une « confusion dans ce débat » lors d’un échange à l’Assemblée nationale. Il a insisté sur la diversité des situations : « Il y a des retraités qui possèdent des biens dans des zones qui ont connu une flambée immobilière. Il y a des entrepreneurs qui ont des revenus extrêmement variables ». Il a annoncé qu’une « analyse plus approfondie des différents cas possibles » serait menée.
Parallèlement, l’Assemblée nationale a créé le 11 février 2026 une commission d’enquête sur « l’imposition des plus hauts patrimoines et des revenus les plus élevés et à leur contribution au financement des services publics ». Cette instance doit examiner la contribution fiscale effective des ménages les plus aisés et les mécanismes qui peuvent conduire à des écarts entre patrimoine et imposition.
Enfin, le débat s’inscrit dans un contexte plus large : en France, 53 % des 41,5 millions de foyers ayant rempli une déclaration de revenus pour 2024 n’ont pas payé d’impôt sur le revenu. Ce pourcentage inclut de très nombreuses situations diverses, depuis des ménages modestes jusqu’à des contribuables dont la fiscalité est temporairement allégée pour des raisons spécifiques.
Les propos d’Éric Lombard ont relancé la discussion sur la visibilité que détient l’administration fiscale sur les actifs financiers et sur l’éventuelle nécessité d’outils d’analyse plus fins pour distinguer revenus faibles temporaires et stratégies d’optimisation fiscale dans les patrimoines élevés. Les prochains travaux parlementaires et les demandes d’éclaircissements auprès de Bercy devront préciser l’ampleur réelle et les causes de ces situations.





