Le 3 mars 2026, l’Observatoire sur les brevets et la technologie de l’Office européen des brevets (OEB) a publié une étude consacrée à la place des femmes dans les sciences, les technologies, l’ingénierie et les mathématiques (STIM). Fondée sur les contributions de 22 offices nationaux de brevets, l’analyse documente des progrès modestes mais souligne surtout des inégalités persistantes, notamment dans les start-up technologiques et les rôles reconnus d’inventrice.
Une sous‑représentation persistante malgré quelques avancées
Selon l’étude, la proportion de femmes parmi les inventeurs en Europe est passée de 13 % en 2019 à 13,8 % en 2022, un gain limité en apparence. Lorsque l’on considère la présence des femmes au sein d’équipes d’inventeurs, la part augmente davantage : 21,6 % en 2019 contre 24,1 % en 2022, ce qui montre une plus grande participation collective mais pas forcément une reconnaissance individuelle accrue.
Le document met en lumière un décalage important entre participation et visibilité : les femmes sont moins souvent citées comme inventrices individuelles ou reconnues comme fondatrices de start‑up porteuses de brevets. Seules 13,5 % des start‑up titulaires de brevets comptent une femme fondatrice, selon les données présentées.
L’OEB rappelle la nécessité d’encourager la participation féminine à l’innovation. António Campinos, président de l’OEB, est cité : « L’Europe a tout à gagner à encourager la participation des femmes à l’innovation ». Le rapport identifie toutefois des « obstacles persistants » sur le chemin du progrès.
Variations par pays et par secteurs technologiques
Les disparités nationales sont marquées. Dans l’Union européenne, l’Espagne (24,1 %) et le Portugal (29,3 %) se distinguent par des taux relatifs d’inventrices plus élevés. En revanche, la France se situe au 8e rang des pays européens (ou 6e parmi les pays de l’UE hors Royaume‑Uni et Suisse) selon le classement fourni.
Les différences sont aussi sectorielles. Les femmes sont proportionnellement plus présentes dans les domaines axés sur les sciences de la vie : produits pharmaceutiques (34,9 %), biotechnologie (34,2 %) et chimie alimentaire (32,3 %). À l’inverse, leur participation reste marginale dans des secteurs d’ingénierie très intensifs en brevets : machines‑outils (5,7 %), procédés de communication de base (5,5 %) et éléments mécaniques (4,9 %).
Le rapport note par ailleurs que les start‑up plus récentes montrent une diversité légèrement meilleure : plus de 14 % des start‑up nouvellement créées comptent une fondatrice, contre environ 5,9 % parmi celles âgées de plus de vingt ans. Cette tendance suggère un léger renouvellement générationnel mais n’atténue pas le phénomène d’« évaporation des talents » observé aux étapes ultérieures des carrières.
Initiatives et perspectives au niveau européen
Les conclusions de l’OEB s’inscrivent dans le calendrier politique européen. La Commission européenne a lancé, le 23 janvier 2026, une invitation aux citoyens, entreprises, décideurs politiques et ONG pour contribuer à une stratégie visant à soutenir les femmes dans la recherche, l’innovation et les start‑up. Ce plan d’action, attendu pour l’été 2026, vise à faire de l’Union européenne « la destination la plus attractive au monde pour les femmes dans ces domaines d’ici 2030 ».
Des progrès sont néanmoins à signaler au sein même de l’OEB : en 2025, les femmes représentaient 25,5 % des examinateurs et plus de 30 % des nouvelles recrues. Elles constituent aujourd’hui 29,2 % des mandataires en brevets européens, contre 28 % dix ans plus tôt, indique l’étude.
La présidente de la Commission, Ursula von der Leyen, avait déjà souligné, lors de son discours sur l’état de l’Union le 10 septembre 2025, que « la science n’a pas de passeport, de genre, d’origine ethnique ou de couleur politique. Elle est l’un des biens mondiaux les plus précieux ». Le futur plan d’action européen entend exploiter ce vivier de talents diversifiés pour favoriser compétitivité et innovation durables, tout en proposant des mesures visant à améliorer les conditions de travail et les perspectives de carrière des femmes.
En conclusion, l’analyse de l’OEB met en évidence un double constat : une progression mesurée de la présence féminine dans certains indicateurs, mais des écarts significatifs subsistant à tous les stades de la carrière, et en particulier dans la reconnaissance individuelle liée au dépôt de brevets. Le rapport invite à des politiques ciblées pour limiter l’évaporation des talents et accroître la visibilité des inventrices en Europe.





