À Montluçon (Allier), la campagne municipale prend un tour inhabituel à moins de dix jours du premier tour : Renaissance a retiré son soutien au maire sortant Les Républicains, Frédéric Laporte. Le parti de Gabriel Attal a annoncé son retrait vendredi 3 mars et a procédé à la suspension d’un de ses membres figurant sur la liste du maire, en raison d’un rapprochement affiché avec le parti Reconquête ! d’Éric Zemmour.
Un soutien pluriel devenu source de tension
Frédéric Laporte, en poste depuis 2017 et candidat à sa réélection sous l’étiquette Les Républicains, cumulait des soutiens pour le moins contrastés. Outre l’UDI et Horizons, il bénéficiait d’un appui annoncé de Renaissance — parti macroniste — mais aussi d’un soutien affiché de Reconquête !, formation d’extrême droite. Ce rapprochement atypique est au cœur de la décision de Renaissance de se désolidariser.
La situation illustre la porosité possible entre soutiens locaux et logiques nationales. Selon le dossier de campagne, Reconquête ! a exprimé « son soutien sans réserve » à Frédéric Laporte. Jean-Antoine Rosati, délégué départemental de Reconquête !, précisait que le parti souhaitait « avoir des élus dans le département de l’Allier » et que le programme du maire rejoignait, selon lui, leurs priorités en trois points : « la sécurité, avec le projet d’en augmenter les moyens ; la santé, avec la valorisation de l’hôpital public, et l’économie au service de la population par une baisse des impôts. »
Positions et déclarations des principaux acteurs
Face à ces rapprochements, Frédéric Laporte a cherché à clarifier sa position. Il affirme auprès du Monde qu’il « rejette tout accord de programme » avec l’extrême droite. Cette distinction est reprise par Jean-François Jarrige, délégué départemental de Renaissance, qui explique que « l’accord concerne uniquement la relation avec le maire mais pas avec Reconquête ! ». Ces précisions sont destinées à délimiter la nature des soutiens et à expliquer le retrait de Renaissance.
Du côté de Reconquête !, Franck Picard, responsable local, indique que le parti compte déjà des membres au sein de la majorité municipale. Pierre Laroche, élu en 2014 et actuel adjoint au maire chargé de la sécurité et du cadre de vie, est « encarté à Reconquête ! depuis 2022 » et figure en cinquième position sur la liste du maire sortant. Selon Franck Picard et Jean-Antoine Rosati, d’autres candidats placés plus loin sur la liste seraient également membres du mouvement.
Impacts locaux et incertitudes pour la campagne
À moins de dix jours du premier tour, la décision de Renaissance ravive l’incertitude sur l’identité des soutiens et la lisibilité des listes. Dans les semaines précédant le vote, les alliances locales peuvent influer sur la perception des électeurs et sur les slogans visibles sur les affiches de campagne. Sur le terrain, la présence d’élus locaux issus de mouvements différents au sein d’une même liste complique la communication.
La suspension d’un membre de Renaissance figurant sur la liste de Laporte ajoute une dimension disciplinaire à l’affaire. Le retrait d’appui et la sanction interne montrent que les lignes de fracture nationales peuvent se matérialiser très concrètement au niveau communal.
Sur le plan programmatique, Reconquête ! a déclaré ne pas avoir signé d’accord formel ni revendiqué de postes, mais a brandi la convergence sur certaines priorités locales comme motif de son soutien. Renaissance, pour sa part, a choisi de marquer une rupture publique alors que l’identité des alliances locales restait ambigüe.
La présence d’élus déjà affiliés à Reconquête ! au sein de la majorité municipale, et leur positionnement sur la liste, soulèvent des questions sur la manière dont seront articulés les engagements municipaux si le maire est réélu. Les acteurs en présence maintiennent des positions claires : Laporte assure rejeter tout accord de programme avec l’extrême droite, tandis que Reconquête ! revendique un soutien opérationnel là où ses valeurs semblent partagées.
En l’état, la campagne à Montluçon reste fluide. Les décisions prises ces derniers jours modifient l’équilibre des soutiens mais n’apportent pas de rupture définitive dans l’offre politique proposée aux électeurs, à moins de dix jours du premier tour.





