À la veille des élections municipales des 15 et 22 mars 2026, plusieurs responsables politiques de Guyane figurent dans des dossiers judiciaires qui ont marqué la vie publique locale depuis le milieu des années 2000. Parmi eux, Léon Bertrand, ancien maire de Saint-Laurent-du-Maroni, et Paul Dolianki, maire d’Apatou, restent des figures emblématiques dont les parcours judiciaires ont rebattu les cartes politiques de leurs communes.
Parcours et condamnations de Léon Bertrand
Léon Bertrand, qui a dirigé Saint-Laurent-du-Maroni pendant trente-cinq ans (1983-2018), a également été député de 1988 à 2002 puis secrétaire d’État et ministre du tourisme dans les gouvernements de Jacques Chirac (2002-2007). Sa longue carrière publique est assombrie par des affaires de probité remontant à la fin des années 2000.
Les problèmes judiciaires de M. Bertrand trouvent leur origine, selon les éléments rapportés, dans une affaire de marchés publics truqués instruite à partir de 2009. Ces marchés auraient été passés notamment en 2003-2004 au sein de la Communauté de communes de l’Ouest guyanais, qu’il présidait pendant dix-sept ans. La justice a retenu des attributions irrégulières de marchés en échange d’avantages financiers en liquide, parfois présentés comme ayant servi au financement de campagnes électorales.
En 2018, la Cour de cassation a confirmé définitivement une condamnation pour corruption passive et favoritisme : trois ans de prison ferme, 80 000 euros d’amende et trois ans d’inéligibilité. Un an plus tard, une seconde affaire distincte a abouti à une nouvelle condamnation pour complicité d’abus de biens sociaux. Il lui était alors reproché d’avoir, en 2008 et alors qu’il présidait la Société d’économie mixte du Nord-Ouest guyanais, accordé une prime de départ de 887 000 euros à son directeur général, jugée non justifiée. Cette condamnation a été assortie de dix-huit mois de prison, 100 000 euros d’amende et trois ans d’inéligibilité.
En 2021, la cour d’appel de Cayenne a prononcé la confusion des deux peines. Au total, Léon Bertrand a passé onze mois en détention et a terminé l’exécution de sa peine sous bracelet électronique. Après sa première condamnation en 2018, il avait annoncé la « fin de [sa] vie d’homme politique ». Pourtant, il a confirmé, à la mi-janvier, sa candidature aux municipales dans son fief de Saint-Laurent-du-Maroni.
Autres élus visés : l’exemple de Paul Dolianki
La Communauté de communes de l’Ouest guyanais a vu d’autres élus confrontés à la justice. Paul Dolianki, maire d’Apatou depuis 2008, a été condamné en 2021 par le tribunal de Cayenne pour favoritisme, prise illégale d’intérêts et détournement de fonds publics. Apatou est présentée comme une commune d’environ 10 000 habitants.
Le tribunal a prononcé en 2021 une peine de dix-huit mois de prison avec sursis, une amende de 100 000 euros et une inéligibilité de cinq ans assortie d’une exécution provisoire. Cette décision a eu pour effet de mettre fin, de fait, à son mandat au moment de la condamnation. Malgré ces suites judiciaires, M. Dolianki est de nouveau candidat dans sa commune à l’occasion des échéances municipales.
Conséquences locales et enjeux pour les municipales
Ces affaires soulèvent des questions sur la recomposition des forces politiques en Guyane et sur la place qu’occupent les anciens responsables locaux au moment du scrutin. Les dossiers évoqués mêlent des décisions publiques concernant des marchés et des sociétés d’économie mixte, des condamnations confirmées par des juridictions suprêmes et des modalités d’exécution des peines (détention, bracelet électronique).
Sur le plan électoral, la présence de candidats poursuivis ou condamnés peut affecter le rapport de force au niveau communal et communautaire. Les peines d’inéligibilité prononcées dans certains verdicts ont directement contrarié l’exercice des mandats. Dans d’autres cas, les intéressés ont pu se porter à nouveau candidats après épuisement des peines ou suite à des décisions judiciaires particulières, comme la confusion de peines prononcée en 2021 pour M. Bertrand.
À quelques semaines des scrutins des 15 et 22 mars 2026, la situation illustre la porosité entre responsabilités locales et procédures judiciaires. Elle rappelle aussi que la présence d’anciens élus condamnés sur des listes municipales n’est ni isolée ni sans conséquence pour la vie politique locale.





