Amélie de Montchalin a prêté serment vendredi 13 mars lors de son audience solennelle d’installation à la tête de la Cour des comptes, revêtue de la robe noire, de velours et d’hermine. La cérémonie s’est tenue en présence du président de la République, Emmanuel Macron, et de plusieurs ministres.
Indépendance et exemplarité au cœur du mandat
« La priorité, c’est de protéger l’indépendance de la cour pour renforcer notre démocratie », a déclaré la nouvelle première présidente dans son allocution d’installation. Elle a fait de l’indépendance institutionnelle une exigence prioritaire, en liant cette protection à l’exemplarité des membres de la juridiction.
« Protéger l’indépendance des juridictions financières signifie d’abord renforcer encore leur exemplarité », a-t-elle ajouté, insistant sur la probité comme fondement de la confiance. « La probité et l’exemplarité de ses membres sont la clé de voûte de la confiance, à commencer par la première présidente », a-t-elle affirmé.
Déontologie et engagements formels
Selon ses déclarations, Amélie de Montchalin a remis, dès son entrée en fonctions, sa déclaration d’intérêts au collège de déontologie, « comme le prévoit le code des juridictions financières ». Elle a remercié le collège pour ses observations et précisé que « les modalités concrètes de mise en œuvre de ses recommandations », qui ont été « décidées collégialement », « s’imposeraient » à elle.
Dans son discours, elle a également tenu à saluer « toutes les femmes des juridictions financières, présentes ici ou ailleurs », marquant symboliquement la place des femmes au sein d’une institution bicentenaire.
Donner plus d’impact aux travaux de la Cour
Amélie de Montchalin a fait de sa deuxième priorité l’accroissement de l’impact des rapports et analyses produits par la Cour des comptes. « Publier ne suffit pas : encore faut-il veiller à la cohérence de nos messages, à leur pertinence et à leur calendrier, afin qu’ils aient le maximum d’impact possible », a-t-elle déclaré.
Elle a ainsi posé une ambition de travail plus orientée vers l’efficacité de la communication des conclusions de la Cour, afin que ses constats influent davantage sur les décisions publiques et le débat institutionnel.
Une nomination suivie de controverses
La nomination d’Amélie de Montchalin avait suscité des critiques lors de son annonce en février. Certains responsables de l’opposition ont dénoncé un risque de conflit d’intérêts, arguant que l’ancienne ministre devrait ensuite se prononcer sur des sujets — déficit public ou choix budgétaires — concernant un gouvernement auquel elle a récemment appartenu.
La question de son âge, 40 ans, a également été soulevée : le mandat de premier président de la Cour des comptes est irrévocable et seulement borné par une limite d’âge théorique fixée à 68 ans, ce qui a alimenté le débat sur la durée potentielle de sa présence à la tête de l’institution.
Pour répondre à ces critiques, la Cour des comptes avait annoncé, dès sa prise de fonctions le 23 février, que la nouvelle première présidente avait « décidé de s’abstenir de participer » aux débats sur les finances publiques 2025. Cette mesure a été présentée comme destinée à prévenir tout conflit d’intérêts dans les dossiers les plus sensibles impliquant l’action gouvernementale récente.
Une posture prudente mais affirmée
Lors de son discours, Mme de Montchalin a laissé transparaître une attitude mesurée : elle a rappelé ses démarches déontologiques et admis, en des termes volontiers personnels, qu’elle « partirait bien un jour », formule qui témoigne d’une conscience des effets à long terme d’un mandat irrévocable.
Son discours a combiné injonction à l’exemplarité et volonté d’accroître l’efficacité de l’institution. À la tête d’une Cour chargée de veiller à la bonne gestion des deniers publics, la nouvelle première présidente a tracé des priorités claires — indépendance, déontologie et impact — tout en se plaçant sous le contrôle formel des règles déontologiques en vigueur.





