Le premier tour des municipales dans le Gard traduit un mouvement notable : le Rassemblement national (RN) progresse fortement et bouscule les équilibres locaux, tandis que la droite traditionnelle s’efforce de contenir la poussée d’extrême droite par des arrangements locaux. À Nîmes, où la ville compte environ 150 000 habitants, la situation prend la forme d’une triangulaire à forts enjeux pour la droite.
Un RN en nette progression sur l’ensemble du département
Le RN, piloté au niveau national par Jordan Bardella, a confirmé des résultats marqués dans plusieurs communes du Gard. Le parti s’est maintenu dès le premier tour à Beaucaire et a remporté la mairie de Vauvert (commune de plus de 11 700 habitants). À Alès, à Bagnols et à Nîmes, les listes du RN sont apparues comme de sérieuses prétendantes aux mairies.
À Alès, la dynamique électorale a entraîné des réactions rapides : trois listes (socialiste, communiste et divers droite) se sont retirées dès le lundi suivant le premier tour afin de constituer un front pour faire barrage au RN. Sur place, le maire sortant Les Républicains (LR), Christophe Rivenq, a réalisé 32,61 % des voix, devant le candidat RN Anthony Bordarier, crédité de 26,44 %.
À Nîmes, la droite divisée face à une gauche recomposée et au RN
Nîmes, dirigée depuis vingt-cinq ans par le maire LR Jean-Paul Fournier, présente un paysage électoral différent. Lors du premier tour, le vice-président du RN, Julien Sanchez, est arrivé en tête avec 30,39 % des voix, plus que doublant le score du parti par rapport à 2020, selon les chiffres communiqués.
Le candidat de la gauche unie et citoyenne sans La France insoumise (LFI), le communiste Vincent Bouget, s’est placé en deuxième position avec 30,05 % des suffrages. La division de la droite a pesé : Franck Proust, héritier politique de la majorité LR, n’a obtenu que 19,55 %, tandis que l’ancien premier adjoint Julien Plantier (divers droite) a recueilli 15,55 %.
Selon le résumé des résultats, les deux listes de droite ont choisi de fusionner en vue du second tour, qui doit opposer les listes arrivées en tête au premier tour : celle menée par Julien Sanchez (RN) et celle conduite par Vincent Bouget (gauche unie, sans LFI). Cette recomposition vise à éviter une élimination pure et simple de la droite, mais elle laisse la majorité sortante dans une posture fragile face à la dynamique du RN et à la recomposition de la gauche.
Enjeux et scénarios pour le second tour
La configuration d’un second tour entre une liste RN et une liste de gauche unie, sans LFI, place la droite dans une position délicate. La fusion des listes de droite cherche à rassembler les électorats LR et divers droite, mais elle ne garantit pas automatiquement le transfert intégral des voix entre les deux tours.
La logique locale varie d’une commune à l’autre : à Alès, le retrait de plusieurs listes en faveur du candidat LR reflète une stratégie claire de blocage de l’extrême droite. À Nîmes, la recomposition se concentre sur la tentative d’empêcher l’accession du RN à une mairie historiquement tenue par la droite depuis plusieurs décennies.
Pour l’électorat, le second tour constituera un arbitrage entre trois dynamiques : la poussée nationale du RN, la recomposition et l’union d’une gauche locale, et la tentative de consolidation des forces de droite traditionnelles. Les résultats du second tour dépendront en grande partie de la capacité des équipes à mobiliser les abstentionnistes et à convaincre les électeurs des listes éliminées.
Quelles que soient les alliances locales, ces municipales traduisent une recomposition du paysage politique gardois, marquée par des transferts de voix et des stratégies de retrait ou de fusion qui modifient les équilibres apparents après le premier tour.





